Un inédit de Moni Grégo... sans sa permission...

Publié le par Moni Grégo

Un inédit de Moni Grégo... sans sa permission...

Moni Grégo : " Christian, tu es un voyou, un pirate, un enfoiré de toulousain... "

Christian : " La peste soit de l'amitié... "

“L’ INSOLENCE DU ROSE MISTINGUETT
Trois actrices et un acteur autour d’une table. Ils boivent et mangent.

LA TRUIE NIFNIF – Je suis la Truie Nifnif.
LA TRUIE NAFNAF – Je suis la Truie Nafnaf.
LA TRUIE NOUFNOUF – Je suis la Truie Noufnouf.
CHARLES BUKOVSKI – Je m’appelle Charles Bukowski. Je suis un cochon. On n’a, chez vous autres les humains, aucune considération pour ce que nous incarnons de saleté, de veautrages, de surpoids, de belles manières de faire ventre de toute nourriture jusqu’aux restes les plus infâmes, épluchures, saletés, saloperies de toutes sortes. Je suis la poubelle de votre corps, de votre esprit. Et, comme 99% d’entre vous n’a pas de cœur, ben, je serai votre cœur. Il tiendra dans la prise électrique de mes naseaux. Je pue très bon, je me souille à gogo, je subodore et hume tout ce qui vous traverse… qu’est-ce que vous croyez ? De mes petits yeux chafouins je perce, comme un rien. Mais qui perçoit la tendresse de ma rose personne ? (La truie Nifnif se barbouille de confiture.) Pas vous hein ?
LA TRUIE NIFNIF – Moi non heu… oui oui… Moi, vous savez, je m’en fous un peu. Je me barbouille de confiture, je délire, et voyez-vous, comme je suis diabétique, parfois il me vient quelques somnolences.
CHARLES BUKOVSKI – Vous devriez plutôt prendre du sucre. Bouffer de la barbe à papa, des sucettes à l’anis, des têtes de nègres, ou bouffer le sucre candi des pommettes roses de Nafnaf…
LA TRUIE NIFNIF – Non non, c’est tout le contraire…
CHARLES BUKOVSKI – Comment ça tout le contraire ? Vous voudriez lui bouffer sa chatte rose Mistinguett ?
LA TRUIE NIFNIF – Excusez-moi je ne mange pas de ce pain là. Je crois que je vais me faire une tartine.
LA TRUIE NAFNAF – Tout ça commence à m’endormir… moi aussi je me sens flottante… D’ailleurs je m’en tamponne. (À Bukowski) J’ai envie de vous Monsieur. Je vous aime…
CHARLES BUKOVSKI – Ah non non ! Vous vous êtes mon amie alors pas de baise, la baise c’est avec Nifif. Vous oubliez que je suis un mâle. Un individu clivé et pas, comme vous, une sorte de cloaque sentimental où tout se mélange…
LA TRUIE NAFNAF – Pour vous je suis un boudin ?
CHARLES BUKOVSKI – Oui mais d’un beau rose fushia.
LA TRUIE NOUFNOUF – Et moi vous m’admirez… N’est-ce pas que vous admirez ce que j’écris ?
(Bukowski sourit)
CHARLES BUKOVSKI – Ah ! Vous !
LA TRUIE NOUFNOUF – Connaissez-vous la Gare de Liège ?
LA TRUIE NAFNAF – Que vient faire la gare de Liège ici ?
LA TRUIE NOUFNOUF – C’est une des plus belles du monde.
CHARLES BUKOVSKI – On y boit un alcool particulier dont j’ai oublié le nom.
LA TRUIE NOUFNOUF – Je le connais ! Le Pékè aux mille parfums. Il y en a de délicieux.
CHARLES BUKOVSKI – C’est encore un alcool pour femmes… Ah là ! La femelle moi, je flaire ça de loin… et me voici. Mmm !... plonger comme ça dans la confiture, aucun porc ne s’en satisferait. Ou alors, un transsexuel édulcoré. La truie Nifnif se lècherait les babines de mes abattis, si elle ne dormait pas tout le temps… Et une cochonne qui ronfle, c’est finalement assez symphonique… cette drôle de truie musicale et insouciante me met cul par dessus tête !
LA TRUIE NIFNIF – Ta gueule charcutaille ! Appelle-moi confiture et appelle-toi cochon !
CHARLES BUKOVSKI – Volontiers et qui vivra verrat !
LA TRUIE NOUFNOUF – Très drôle, « verrat » ! Ah Ah verrat ! Mes amis, nous voici invités, un peu malgré nous, à une sorte de festin improbable dont on ne connaît pas la totalité du menu.
LA TRUIE NIFNIF – Il est urgent de réinventer la beauté. Il est urgent de réinventer le désir. Il est urgent… (Elle s’endort. Ronfle.)
LA TRUIE NOUFNOUF – Nous, inconnus les uns des autres. Habitants incertains accueillis à l’insu de notre plein gré dans ce monde à jamais étranger. Sommes-nous ici pour manger ou pour être mangés ?…
LA TRUIE NAFNAF – Oh lala !!!... j’ai bien peur de ne pas savoir parler cette langue étrangère dont nous ne percevons rien de bon. Du haut de mon intuition féminine, je commence à sentir des frissons. Peur ? Désir ? Je ne sais pas encore. J’ai comme un creux ici, une petite faim… Je me ferais bien un petit cochon de lait ! La peste soit de l’amitié !
CHARLES BUKOVSKI – Moi je ne suis pas difficile. Je m’accommoderai de ce qui vous déplaira.
LA TRUIE NIFNIF – Le jour s’en va… Je vous éclairerai. Nous avons encore tant de personnes à décevoir !
LA TRUIE NAFNAF – Tant de personnes… Nous pourrions tous nous appeler "personne". Si je m’appelais Circée… Il me semble que je ferais quelque chose, mais quoi ?
LA TRUIE NOUFNOUF – “Putain de casse-burnes ! Quel que soit le continent où ils ont vu le jour, ils sont la vraie majorité. Prêchant l'exemple et ralliant sans cesse à eux de nouveaux casse-burnes. Il y a de quoi trembler ! Bientôt, le monde leur appartiendra.“
CHARLES BUKOVSKI – Ah non, non… ça ce n’est pas de vous, c’est de moi ! Voyez-vous le cuir de Charles Bukowski n’est pas d’un tendre rose. Le cuir de Charles Bukowski serait plutôt d’un rose mauve pastel, car Charles Bukowski est alcoolique. Charles Bukowski a un langage cru et pourtant plein de subtils raffinements. Oui messieurs dames ! Dans Charles Bukowski tout est bon. Parfois, Charles Bukowski sort. Il cherche l’homme et gratte une allumette. Parfois il croit en apercevoir un et voilà qu’il se fait traiter de porc. De l’homme il y en a si peu ! Ah Pier Paolo mon amour ! Lardé, troué, homme parmi les ombres, tu es mon frère d’Italie, je t’embaume et je te parfume de ma sueur rose bonbon. Ce n’est pas le couteau qui tue, c’est le trou. Ivre, je chante et ronfle et grouine tous les corps empêchés, lapidés par des porcs, toute cette cochonnerie de monstrueuse farce qui ne fait même pas un fromage de tête. (Il chuchote.) Il est prudent de dialoguer doucement avec l’invisible pour essayer de faire en sorte qu’il ne nous parle pas trop fort… Mais tant pis je déconne et je ris avec Samuel Beckett entre deux Jameson, entre deux baises, entre deux Stouts, entre deux moments de silence où la poésie est bien salopée pour qu’elle nous arrive enfin, effilée comme un rasoir en travers de la gorge, hors de l’imposture du poème.
Ils trinquent.“

MONI GRÉGO - Inédit. Trouvé sur Facebook.

Publié dans Salon de lecture

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