Putain de Sarah ! suivi de l'assassinat d'Amy

Publié le par Moni Grégo

La Lune de Sang

Oui mais la grande Sarah était une pute et travaillait avec le fric du théâtre privé. Quoiqu'il en soit et quels que soient ses talents de toutes sortes (c'est connu, elle faisait payer très cher les messieurs qui venaient dormir avec elle et sa jambe de bois -donc très tard dans sa vie- dans son cercueil).

Je ne pense pas qu'on puisse dire de Sarah, que j'aime infiniment comme actrice, qu'elle fut une femme metteur en scène. À son époque on réunissait des noms de la scène et de l'écrit, on dirigeait un théâtre, et... emballé c'est pesé... il y avait un spectacle, de la presse, un public très bourgeois avec cocottes et Maxim's à la clé. Le souffleur envoyait les 3/4 du texte avec appel du pied. Les "grands" acteurs ne mémorisaient que ce qu'on appelait "Les morceaux de bravoure“ que le public connaissait lui aussi par cœur et murmurait à l'unisson.... Je crois que n'aurais jamais fait de théâtre à cette époque-là... Heureujsement, selon moi, et en toute pure et simple subjectivité artistique, Dullin, Copeaux, Jouvet, Antoine, Artaud... puis Vilar sont venus mettre un pied dans la fourmilière d'un théâtre qui mettait son cul sur la commode.

Puis, après la guerre sont arrivés Malraux et Jeanne Laurent qui ont inventé la Décentralisation Théâtrale avec des troupes permanentes d'acteurs, de metteurs en scène, de dramaturges, de scénographes, de musiciens... l'obligation que 80% de l'argent public aille à la création artistique... et le Geste d'un théâtre d'art a été retrouvé. Puis sont venus Strehler, Kantor, Chéreau, Pina Baush, Mnouchkine... Mais tout cela est à nouveau en train de crever, jusqu'à la revoyure... Il y a des traces de ce théâtre dans de nombreux textes de Molière Racine, de Shakespeare (je t'en joins un) et même d'Aristote. Je n'oubie pas Sarah et son génie de l'époque, mais je suis une fille, ou plutôt une sœur de Shakespeare, Racine ou Molière. Si, si !!! Le théâtre putassier de “stars“ du XIX° siècle est en pleine renaissance mais ce n'est définitivement pas mon théatre.

date de : Sam 25.7.15,lChristian Durand  Tu sais ! L'EFFACEMENT DES FEMMES

j'en connais un brinpour avoir été la première femme depuis les grottes préhistoriques à être, en France, à la place du metteur en scène dans les théâtres nationaux auxquels j'avais accès dans les années 70. Si on oublie la Mère Lachaise...- à qui tu ressembles parfois... Proche d'Oscar Wilde, elle lui commande la pièce Salomé, dont elle interprète le rôle-titre, en 1892.

À partir de 1893, elle prend la direction du théâtre de la Renaissance où elle remonte quelques-uns de ses plus grands succès (Phèdre, La Dame aux camélias) mais crée aussi de nombreuses pièces comme Gismonda de Victorien Sardou, La Princesse lointained'Edmond Rostand, Les Amants de Maurice Donnay, La Ville morte de Gabriele D'Annunzio et Lorenzaccio d'Alfred de Musset (inédit à la scène), puis, en 1899, du théâtre des Nations qu'elle rebaptise « théâtre Sarah-Bernhardt » et où elle crée entre autres L'Aiglon de Rostand et reprend La Tosca de Sardou.

Elle apporte son soutien à Émile Zola au moment de l’affaire Dreyfus, elle soutient Louise Michel et prend position contre la peine de mort. “Oui. La star internationale est morte à 27 ans d’un arrêt cardiaque, pas d’un assassinat en bonne et due forme.

Mais après avoir vu le film « Amy », documentaire sorti récemment sur Amy Winehouse, chanteuse au talent et à la voix tout à fait exceptionnelles, je voudrais écrire combien sa mort est le produit du sort réservé aux femmes dans nos sociétés patriarcales, et aux femmes qui menacent l’ordre établi par leur exceptionnel talent. Ainsi, si la jeune britannique est morte aussi jeune, en n’ayant pu « sortir » que deux disques -mais deux disques exceptionnels, dont « Black to Black » (digression : je l’ai acheté par hasard le 31 décembre 2006, voulant me faire un cadeau après avoir enfin retrouvé mon passeport et effectué une dans mémorable depuis rebaptisée « danse du passeport » et j’avoue combien j’ai été scotchée…écoutant ensuite le CD en boucle pendant longtemps), c’est bien parce qu’elle a été la victime systématique de violences répétées du patriarcat, et d’un certain nombre d’hommes en particulier.

Pobablement, on ne retiendra du film que la duplicité d’un père, la cruauté du monde du show biz, les ravages de la drogue et le revers de la célébrité. Mais pour peu qu’on veuille bien entendre ce qui est dit, clairement, à plusieurs reprises, par différents protagonistes du film, dont les principaux intéressés (Amy, son père, son « mari », son manager, son garde du corps, ses amies), on comprend qu’il s’agit d’une sorte de « fatalité patriarcale », du sort réservé aux femmes en général et qui l’a privée d’une vie épanouie et longue, et nous a privées d’une femme exceptionnelle et d’une artiste unique. Une vie de violences patriarcales

En effet, de sa naissance à sa mort, les hommes qui l’ont entourée et ont le plus compté pour elle se sont livrés à un pillage systématique fondé sur le chantage à l’amour. Son père, son mari, son deuxième manager. Ainsi, son père, qui l’a abandonnée lorsqu’elle avait 8 ou 9 ans, a réussi à lui mettre dans la tête que son « amour » lui était en vérité indispensable, que son « rôle séparateur » tel que la psychanalyse misogyne l’a établi lui aurait été nécessaire. Ainsi, son père s’intéresse à elle à partir du moment où elle devient une artiste reconnue. Mais surtout, il prend alors le contrôle de sa vie -non pas pour la protéger- mais dans son intérêt à lui.

Lorsque son entourage l’encourage à aller en « Rehab » (désintox) alors qu’elle n’est pas encore une star internationale, et qu’elle se rend à l’avis de son père, il affirme qu’elle n’a pas besoin d’y aller (c’est d’ailleurs l’épisode qui l’a inspirée pour son plus grand succès : « they wanted me to go to rehab, I said « no, no, no ». Quand ensuite, elle veut aller finalement en désintox mais seulement avec son mari (ce que tout le monde sait dans le monde médical être un danger pour elle), son père et son manager lui trouvent une clinique où ils sont acceptés ensemble.

Enfin lorsqu’elle est mise à l’abri des paparazzi suite à l’arrestation de Blake le mari, sur l’île de Santa Lucia, elle réclame la venue de son père, qui vient avec…une équipe de tournage !!! Le père absent de son enfance, qui ne s’est pas préoccupé une seconde de sa boulimie ou de sa dépression semble-t-il, est donc omniprésent à l’âge adulte, dès lors qu’elle peut lui assurer le succès. Autre acteur clé, le mari drogué. Caricature là encore de l’homme parasite…il la quitte pour son ex jusqu’au moment où elle a un grand succès, et qu’elle écrit l’amour qu’elle a pour lui (et qui lui assure le succès international). C’est là qu’il trouve le « filon », à travers celle qui lui permettra d’avoir de la drogue à volonté, et qui n’a aucun intérêt à ce qu’elle soit « clean ».

Elle est clairement sous son emprise (un soir de défonce, il se taille le bras avec un morceau de verre, elle le fait aussi « parce qu’elle veut tout faire comme lui »), et lui trouve encore le moyen de se plaindre d’elle, de façon posthume. Male tears et absence de culpabilité Le manager enfin, qui se justifie en disant que lui « a fait son job », et que ce n’était pas à lui de décider d’annuler les concerts alors qu’il était évident qu’elle n’était pas en état de les faire (ainsi, à Bratislava, elle refuse de chanter devant des dizaines de milliers de personnes qui la huent). Car c’était une question d’argent.

L’argent dont elle se fichait et qui ne lui a rien apporté. Les hommes autour d’elle, en revanche, avaient absolument besoin de son succès… Tous les trois sont encore là, alors qu’elle est morte, et continuent certainement à tirer profit de son talent, et le tout, avec apparemment aucun sentiment de culpabilité. On les entend dans le film, le mari avec ses « male tears », se posant en victime, le père pour dire « qu’il a fait tout ce qu’il pouvait », le manager pour dire que « ce n’était pas son affaire »… Le comble, c’est que les seulEs qu’on sent touchéEs par la culpabilité sont celles et celui (le premier manager) qui n’ont en rien encouragé sa dérive et qui ont toujours été là.

L’humour, arme de destruction massive Enfin, violence supplémentaire, celle du jugement de la société sur la star en dérive. Les images sont d’une immense violence, celles des humoristes de télévision, tous des hommes, qui gagnent leur vie en faisant de l’humour sur sa souffrance, d’une façon ultra-violente, misogyne et sexiste… les extraits sont insupportables.

En résumé et pour boucler la boucle, le film est une démonstration implacable du sort réservé en général aux femmes : les condamner à vouloir et quémander un amour de la part d’hommes dont l’objectif est en réalité de les détruire et de les utiliser à leurs fins, et du sort réservés aux femmes artistes en particulier : les punir d’égaler ou de dépasser les hommes artistes, tout en récupérant les profits que leur talent engendre. Un moment de grâce Et le film, comment traite-t-il de cette histoire ?

C’est un travail exceptionnel de montage d’images d’archives (il y en a énormément), et d’interview de tous les témoins, qui font qu’on sait tout de chaque épisode… j’ai regretté pourtant que la caméra insiste trop à la fin sur les clichés de la déchéance, pas toujours indispensables dans la longueur à la démonstration. Pour finir sur une note positive, il y a un moment assez exceptionnel vers la fin du film : l’enregistrement du duo Amy Winehouse/Tony Bennett, grand moment d’émotion, ou pour la première fois, on voit un homme la traiter normalement, avec bienveillance.

Un moment de grâce qui, en nous montrant ce qu’aurait pu être, ce qu’aurait dû être la vie d’artiste d’Amy Winehouse, une longue vie de création musicale et d’expression vocale exceptionnelle, nous donne encore plus l’impression d’un immense gâchis patriarcal.“ France Inter: Une émission qui rend justice à sa femme, inconnue au bataillon... Envoyé de mon iPadouille

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