Réussir une lettre d'insultes

Publié le par Jean Seberg

Salut le bouffon !
Salut le bouffon !

Comment réussir sa lettre d’insulte

S’il est des situations pour lesquelles l’indifférence est le meilleur des mépris, il en est d’autres qui méritent une réponse en bonne et due forme, une missive acerbe pour soulager le poids du non-dit qui pèse sur votre poitrine et rabattre son caquet à la personne qui vous a humilié(e) ou trahi(e).

Vous souhaitez adresser un billet cinglant à une personne qui vous a manqué de respect ? Ne cherchez plus : DesLettres vous vient en aide et vous propose de vous inspirer de Billie Holiday, Louise Michel ou encore François Truffaut pour réussir votre bras d’honneur épistolaire avec élégance.

Étape n°1 : Choisissez une accroche honnête

Votre interlocuteur doit en être assuré dès le début de votre lettre : vous n’avez pas pris la peine de prendre la plume pour arrondir les angles. Point de chichis dans le préambule ! Il convient de vous assurer dès l’ouverture de votre lettre que celui ou celle à qui vous écrivez ne peut pas se méprendre sur vos intentions.

Vous pouvez par exemple choisir de reprendre la formule de Jean Seberg qui, dans sa lettre au camés, n’y va pas par quatre chemins en commençant par un simple mais efficace : « Salut les cons ». Quoi de plus clair ?

Dans le même ordre d’idées, vous pouvez, comme Johnny Rotten, amorcer votre lettre en écrivant le plus distinctement du monde ce que vous pensez de la personne à qui vous vous adressez. Lui choisit cette formule des plus limpides lorsqu’il écrit au Rock and Roll Hall of Fame : « À côté des SEX PISTOLS, le rock and roll et son panthéon est une tâche de pisse. »

Enfin, vous pouvez choisir d’emprunter sa verve à François Truffaut qui écrivit un jour à Jean-Luc Godard : « Pour ne pas t’obliger à lire cette lettre désagréable jusqu’au bout, je commence par l’essentiel : […] selon moi tu te conduis comme une merde. »

Étape n°2 : Prenez le dessus

Soyons honnête : si vous choisissez d’écrire une lettre d’insulte à quelqu’un, ce n’est pas pour revenir sur votre décision en cours d’écriture et repasser dans une posture de soumission. Du cran, que diable ! Vous avez eu la force de commencer ce message, vous devez maintenant aller jusqu’au bout en faisant sentir à votre interlocuteur que, quelque soient les différends qui vous opposent, vous êtes désormais en position de force.

Vous pouvez, comme Sting dans sa lettre au critique Howard Hampton, choisir de prendre de la hauteur en étant certain que le destinataire de votre missive comprenne nettement votre état d’esprit : « Rien de beau ne peut être toléré dans ton monde parce que, sans haine, tu ne sens rien. Tu aimes la perversion et méprises la vie. Je suis tellement content que tu me méprises. »

N’hésitez pas à lui notifier que, dans la querelle qui vous oppose, celui ou celle qui a la juste vision des événements, c’est vous. C’est ainsi que Jean-Paul Marat, montagnard et martyr de la Révolution Française, écrit à Camille Desmoulins : « Cessez donc, homme irréfléchi, d’insulter à la liberté de la presse, dont vous méconnaissez les avantages : si vous respirez encore, c’est à elle que vous devez ce bienfait. »

Sans pousser le vice trop loin, vous pouvez même aller jusqu’à avertir votre interlocuteur qu’il serait sage de ne plus se jouer de vous à l’avenir. Mesrines, en écrivant à Desproges, choisit par exemple cette attaque indirecte : « J’ai connu beaucoup de clowns qui, en s’amusant à mes dépens, ont fait leur dernier tour de piste ! »

Étape n°3 : Rappelez-vous que l’ironie est votre meilleure alliée

Le risque majeur quand on écrit une lettre d’insulte, c’est de glisser sur la pente des propos bilieux et de discréditer son message par un excès de colère. La dernière chose que vous voulez, c’est que votre destinataire vous prenne pour un(e) hystérique furieux(-se) et n’accorde par conséquent plus aucun intérêt à vos paroles ! Pour éviter cet écueil, ajouter une touche d’humour grinçant à votre discours en usant du plus mordant des procédés littéraires : l’ironie.

Honnête et grinçante, Billie Holiday écrit par exemple à Tallulah Bankhead : « Et si tu veux la merde, nous pouvons en faire une vraie fête. Nous pouvons tous nous amuser ensemble ! »

Vous pouvez également vous inspirer du penseur et romancier allemand Klaus Mann qui, caustique et sans détour, assène ces mots à Georges Jacobi : « Je ne sais ce qui me frappe le plus : la bassesse de votre manière de penser ou la naïveté avec laquelle vous admettez cette bassesse. »

Pour clasher votre interlocuteur avec une raillerie des plus distinguées, prenez exemple sur Françoise Giroud qui assène à Sartre cette formule de politesse narquoise : « Parfaitement consciente de mon abjection, je vous prie de croire, Monsieur, au respect que je continuerai imperturbablement à vous porter. »

Mais à nos yeux, la palme du brio et de l’éloquence revient à René Magritte qui termine sa lettre à Richard Dupierreux par cette superbe formule sarcastique : « Tout le monde m’assure que vous n’êtes qu’une vieille pompe à merde et que vous ne méritez pas la moindre attention. Il va sans dire que je n’en crois rien et vous prie de croire cher monsieur Dupierreux en mes sentiments les meilleurs. »

Étape n°4 : Concluez avec chic et fermeté

Bien entendu, les formules de politesse d’usage ne conviennent pas vraiment pour clôturer une lettre d’insulte. Faites fi des salamalecs habituels et trouvez la phrase idéale pour mettre un point final à votre lettre de façon éclatante et catégorique.

Faites comme Igor Stravinsky qui choisit, pour clore son courrier à Ernest Ansermet, une formule des plus efficaces et irrévocables : « Je n’ai plus rien à ajouter, et là-dessus je mets un point. »

Vous pouvez aussi préférer les mots plus virulents de Louise Michel qui, s’adressant aux membres de la Commission des grâces, termine en ces termes : « Le jour viendra de régler nos compte. Je me charge du vôtre. »

Enfin, pour décrocher la mâchoire de votre interlocuteur et être sûr de le laisser dans la plus grande clarté quant à ce que vous pensez de lui, n’hésitez pas à emprunter la formule d’adieu de Jean Mounet-Sully qui écrit à Sarah Bernhardt : « Adieu donc, et bien adieu cette fois, ma pauvre fille. Priez Dieu que l’indifférence me vienne vite car le mépris est une terrible chose pour ma faible nature. »

Et vous, quelle serait votre parfaite lettre d’insulte ?

Source image : © Jonathan Rolande/Flickr, Creative Commons

Tags : insulte

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Publié dans Atelier écriture

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