Une danseuse parle, deux anges passent...

Publié le par Moni Grégo

Un cistus rouge, sinon rien !

Un cistus rouge, sinon rien !

Un retour, simple retour sur ses pas et les choses.
Retourner les choses. Retourner aux choses.
Encore et encore. Ce que je retourne c’est moi.
Je me retourne, c’est moi, comme la terre.
Un retour.
Simple retour.
Sur ses pas. 
Et les choses.
Retourner les choses. 
Retourner aux choses.
Encore et encore. 
Ce que je retourne c’est moi.
Je me retourne.
C’est moi.
Comme la terre.
Un retour…

On dit le présent mais le présent est très imparfait. Le présent ce n'est jamais tout à fait ça, car tous les temps sont présents dans le présent. Pour le passé tout le monde sait bien qu’on en fabrique des légendes dès qu’il tourne le dos… Quant aux lendemains, d’aucuns disent qu’ils chanteraient. Moi je danse et c’est comme si le présent n’existait pas car tout mouvement se moque du présent, n’en faisant qu’un pont vite franchi entre deux temps qui ne demandent qu’à l’abolir.

Quelquefois, je me sens aussi droite qu'un arbre. Il y a un calme qui se fait, puis il s'use, se désagrège. Tout s'agite et te fait lâcher prise. 
Trop tard. Tu es tombée dans le trou qui dissout le calme, t'a dissipée, t'a toute dispersée, éparpillée dans le mouvement des choses. 
Reste groupée. Ne fais rien. C'est cela l'adresse. Plante-toi et attends. L'immobilité cela n'existe pas à 100%. Tu respires forcément, tu bouges, même à peine, même en apnée, tu oscilles. 
Et si mon cou-de-pied cassait ? Et si mon cœur cessait de battre ? Et si les cartilages de mes articulations s’effeuillaient comme une marguerite ? Et si ce muscle-là se tétanisait ? Et si mon souffle devenait court ? Et si tout mon corps se figeait et que je tombe, subitement ? Et si je perdais la vue ? 
Si je perdais la vue, je danserais à tâtons. 
Le noir me va si bien !
Heureux les ceux qui ont un corps. 
Moi je le suis, je n’y couperai pas.
Il me faudra toujours entrer dans la danse.
Pourtant pour que je danse il faut que je danse aussi hors de mon corps.
Des fils invisibles m’ont poussé. Ils me portent aux nues.
C’est un chemin céleste qui se trace avec le temps et que défait le temps.

C'est parce qu'il y a des faibles qu'il y a des puissants, parce qu'il y a des gentils qu'il y a des méchants, c'est parce qu'il y a des boulimiques et des anorexiques que la beauté existe. C'est parce qu'il y a des meurtres que l'on peut aimer autant. C'est parce qu'il y a des illettrés que je parle à la lune. C'est parce qu'il y a des hommes saouls que je me tiens en équilibre sur les pointes, sans effort.
Déjà le rossignol chante. Le jour tarde à se lever. 
La nuit s’annonce blanche.

Quelque chose dort
Quelque chose dort encore
C'est un rêve, un cauchemar, je ne sais pas ce que c'est, 
C’est ouvert comme un rasoir qui se promène dans les chairs. 
Lorsqu'il blesse c'est pour mieux raviver.
Il ne fait mal qu'en dernière instance... 
Ce soir c'est ce que je ne sais pas... 
Qui brusquement
Se met à exister
Ce que je fais sans le pouvoir, ce que je donne sans l'avoir... 
Une douce et violente réalité sans preuves.
À la lisière de la vie...

Quelque chose dort 
Quelque chose dort encore
Quelque chose dort encore en dansant dans mon corps
Silencieuse et vivante absence.

Mes parents étaient très beaux... Ma mère portait des talons hauts... 
Mon père tombait toutes les filles, sauf elle... 
Un soir il l'a suivie dans la rue, ses talons hauts faisaient un bruit mat sur le trottoir, elle allait au bal. Il est entré sur la piste de danse et ils ont dansé toutes les danses ensemble... 
Un an après ils se mariaient...
Encore un an après, je naissais.
Petite, quand j'assistais à un bal, à un mariage, une fête, et que mes parents valsaient... 
Il se passait une chose étrange. 
Tous les autres couples s'arrêtaient et les regardaient. 
La piste se vidait, ils devenaient des rois. 
Ce qu'ils faisaient était inconcevable. 
On pouvait le voir, mais pas le comprendre. Ils étaient tous les deux serrés.
On aurait dit une toupie en vie. Ils dansaient comme sur place, à l'endroit, à l'envers, et ils tournaient aussi tout autour de la piste. Cela allait très vite. 
Plus personne ne parlait... Ils offraient à l'assemblée un moment exceptionnel. 
À la fin, les gens applaudissaient... 
C’est peut-être pour ça que je danse
Pour ça… aussi…
Pour qu’ils dansent, eux, encore
Encore. Encore. Encore…

La tourmentine, c’est une bascule dans on ne sait quoi, une sorte de spirale invisible qui peut se loger n’importe où. Si vous avez le malheur d’entrer dedans vous ne pouvez plus que tourner en rond, à moins que vous n’arriviez à vous immiscer entre deux rais de lumière que vous ne verrez pas mais que vous devinerez et qui seront la seule issue possible. Ce remous prend tout, dévore, happe, vogue dans des petits bouts de rien de temps, intenables hors des lois d’une gravité si ancienne. Tourbillon noir. Trou d’envers ivres. Vous ne voyez pas que je danse dans les cendres d’un monde qui brûle ? Il y a eu un avant et maintenant c’est comme une inversion d’une l’âme, sœur d’un corps en apesanteur qui oublie le sol, se suspend, le surplombe, ne veut plus revenir à lui. 

Je prise grandement cette qualité d’âme particulière qui a l’art d’envelopper le corps... et non l’inverse, parfum jeté comme un sort d’égarement. 
Et cela, dites-moi, n’est-ce pas un acte d’amour ? 
Mais l’amour, ce fourre-tout de confusions n’est visiblement pas la loi de ce monde. 
Quel poids tout à coup ! 
Le commerce sonne bien plus clair. 
Pourtant il fait comme des couacs à mes oreilles absolues. 
Je vais donc continuer à aller voir ailleurs si j’y suis. Faire n’importe quoi, selon vos vues. N’importe ! 
Des choses pour lesquelles vous n’entendrez en vous aucun… déclic. 
Plutôt que les lois du marché, je choisirais, à l’extrême, s’il le fallait, l’ivresse de l’alcool ou la fuite dans la spirale violente de la folie. 
Oui. Inventer des ailleurs meilleurs, des volutes d’architectures affutées, élancées, labyrinthes stellaires. Belles comme la nuit.
Vortex sensuel inscrit dans les traces de la pointe des pieds. 
Oser le silence.
Je ne peux pas parler. Je ne peux pas parler. Je ne peux pas parler. Je ne peux pas parler. Je ne peux pas parler. Je ne peux pas parler. Je ne peux pas parler. Je ne peux pas parler.

(La danseuse va prononcer ces derniers mots de plus en plus bas jusqu’au chuchotement et au mutisme avec juste des mouvements de lèvres). © Moni Grégo, à Nadia Vadori.

 
Photo de Moni Grégo.
 
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Commentaires
Christian Durand Allo Cistus, c'est pour une livraison urgente... oui... trois caisses...
 
 

UNE DANSEUSE PARLE :
Un retour, simple retour sur ses pas et les choses.
Retourner les choses. Retourner aux choses.
Encore et encore. Ce que je retourne c’est moi.
Je me retourne, c’est moi, comme la terre.
Un retour.
Simple retour.
Sur ses pas.
Et les choses.
Retourner les choses.
Retourner aux choses.
Encore et encore.
Ce que je retourne c’est moi.
Je me retourne.
C’est moi.
Comme la terre.
Un retour…

On dit le présent mais le présent est très imparfait. Le présent ce n'est jamais tout à fait ça, car tous les temps sont présents dans le présent. Pour le passé tout le monde sait bien qu’on en fabrique des légendes dès qu’il tourne le dos… Quant aux lendemains, d’aucuns disent qu’ils chanteraient. Moi je danse et c’est comme si le présent n’existait pas car tout mouvement se moque du présent, n’en faisant qu’un pont vite franchi entre deux temps qui ne demandent qu’à l’abolir.

Quelquefois, je me sens aussi droite qu'un arbre. Il y a un calme qui se fait, puis il s'use, se désagrège. Tout s'agite et te fait lâcher prise.
Trop tard. Tu es tombée dans le trou qui dissout le calme, t'a dissipée, t'a toute dispersée, éparpillée dans le mouvement des choses.
Reste groupée. Ne fais rien. C'est cela l'adresse. Plante-toi et attends. L'immobilité cela n'existe pas à 100%. Tu respires forcément, tu bouges, même à peine, même en apnée, tu oscilles.
Et si mon cou-de-pied cassait ? Et si mon cœur cessait de battre ? Et si les cartilages de mes articulations s’effeuillaient comme une marguerite ? Et si ce muscle-là se tétanisait ? Et si mon souffle devenait court ? Et si tout mon corps se figeait et que je tombe, subitement ? Et si je perdais la vue ?
Si je perdais la vue, je danserais à tâtons.
Le noir me va si bien !
Heureux les ceux qui ont un corps.
Moi je le suis, je n’y couperai pas.
Il me faudra toujours entrer dans la danse.
Pourtant pour que je danse il faut que je danse aussi hors de mon corps.
Des fils invisibles m’ont poussé. Ils me portent aux nues.
C’est un chemin céleste qui se trace avec le temps et que défait le temps.

C'est parce qu'il y a des faibles qu'il y a des puissants, parce qu'il y a des gentils qu'il y a des méchants, c'est parce qu'il y a des boulimiques et des anorexiques que la beauté existe. C'est parce qu'il y a des meurtres que l'on peut aimer autant. C'est parce qu'il y a des illettrés que je parle à la lune. C'est parce qu'il y a des hommes saouls que je me tiens en équilibre sur les pointes, sans effort.
Déjà le rossignol chante. Le jour tarde à se lever.
La nuit s’annonce blanche.

Quelque chose dort
Quelque chose dort encore
C'est un rêve, un cauchemar, je ne sais pas ce que c'est,
C’est ouvert comme un rasoir qui se promène dans les chairs.
Lorsqu'il blesse c'est pour mieux raviver.
Il ne fait mal qu'en dernière instance...
Ce soir c'est ce que je ne sais pas...
Qui brusquement
Se met à exister
Ce que je fais sans le pouvoir, ce que je donne sans l'avoir...
Une douce et violente réalité sans preuves.
À la lisière de la vie...

Quelque chose dort
Quelque chose dort encore
Quelque chose dort encore en dansant dans mon corps
Silencieuse et vivante absence.

Mes parents étaient très beaux... Ma mère portait des talons hauts...
Mon père tombait toutes les filles, sauf elle...
Un soir il l'a suivie dans la rue, ses talons hauts faisaient un bruit mat sur le trottoir, elle allait au bal. Il est entré sur la piste de danse et ils ont dansé toutes les danses ensemble...
Un an après ils se mariaient...
Encore un an après, je naissais.
Petite, quand j'assistais à un bal, à un mariage, une fête, et que mes parents valsaient...
Il se passait une chose étrange.
Tous les autres couples s'arrêtaient et les regardaient.
La piste se vidait, ils devenaient des rois.
Ce qu'ils faisaient était inconcevable.
On pouvait le voir, mais pas le comprendre. Ils étaient tous les deux serrés.
On aurait dit une toupie en vie. Ils dansaient comme sur place, à l'endroit, à l'envers, et ils tournaient aussi tout autour de la piste. Cela allait très vite.
Plus personne ne parlait... Ils offraient à l'assemblée un moment exceptionnel.
À la fin, les gens applaudissaient...
C’est peut-être pour ça que je danse
Pour ça… aussi…
Pour qu’ils dansent, eux, encore
Encore. Encore. Encore…

La tourmentine, c’est une bascule dans on ne sait quoi, une sorte de spirale invisible qui peut se loger n’importe où. Si vous avez le malheur d’entrer dedans vous ne pouvez plus que tourner en rond, à moins que vous n’arriviez à vous immiscer entre deux rais de lumière que vous ne verrez pas mais que vous devinerez et qui seront la seule issue possible. Ce remous prend tout, dévore, happe, vogue dans des petits bouts de rien de temps, intenables hors des lois d’une gravité si ancienne. Tourbillon noir. Trou d’envers ivres. Vous ne voyez pas que je danse dans les cendres d’un monde qui brûle ? Il y a eu un avant et maintenant c’est comme une inversion d’une l’âme, sœur d’un corps en apesanteur qui oublie le sol, se suspend, le surplombe, ne veut plus revenir à lui.

Je prise grandement cette qualité d’âme particulière qui a l’art d’envelopper le corps... et non l’inverse, parfum jeté comme un sort d’égarement.
Et cela, dites-moi, n’est-ce pas un acte d’amour ?
Mais l’amour, ce fourre-tout de confusions n’est visiblement pas la loi de ce monde.
Quel poids tout à coup !
Le commerce sonne bien plus clair.
Pourtant il fait comme des couacs à mes oreilles absolues.
Je vais donc continuer à aller voir ailleurs si j’y suis. Faire n’importe quoi, selon vos vues. N’importe !
Des choses pour lesquelles vous n’entendrez en vous aucun… déclic.
Plutôt que les lois du marché, je choisirais, à l’extrême, s’il le fallait, l’ivresse de l’alcool ou la fuite dans la spirale violente de la folie.
Oui. Inventer des ailleurs meilleurs, des volutes d’architectures affutées, élancées, labyrinthes stellaires. Belles comme la nuit.
Vortex sensuel inscrit dans les traces de la pointe des pieds.
Oser le silence.
Je ne peux pas parler. Je ne peux pas parler. Je ne peux pas parler. Je ne peux pas parler. Je ne peux pas parler. Je ne peux pas parler. Je ne peux pas parler. Je ne peux pas parler.

(La danseuse va prononcer ces derniers mots de plus en plus bas jusqu’au chuchotement et au mutisme avec juste des mouvements de lèvres). © Moni Grégo, à Nadia Vadori.

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