Les idiots utiles... par jean pierre garnier

Publié le par Jean Pierre Garnier

Les idiots utiles... par jean pierre garnier
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Les idiots utiles sont de retour

Inédit codé tellement brûlant qu'il vaut mieux le brûler AVANT de le lire.

En lisant la pub qui traînait à la librairie Quilombo pour une rencontre-débat sur le thème « Où va la Russie ? », je me suis aperçu qu’il avait déjà eu lieu samedi dernier à la librairie l'EDMP, impasse Crozatier. Je ne la connais pas. Celle-ci, cependant, me semble a priori au-dessus de tout soupçon d’accointances avec la « réaction » : coopérative, syndicaliste révolutionnaire, « émancipatrice », etc. Bref, anarchiste old style. Mais la caricature sur le tract du visage de Poutine en Dracula des steppes et de la toundra me donnait déjà une idée de la réponse. De même que la thématique annoncée : « La situation socio-politique et économique courante, les mouvements de protestation, la répression de la société civile, la situation des prisonniers politiques ». Les intervenants étaient présentés comme deux « militants anti-autoritaires de Moscou » : Ute Weinmann et Vlad Toupkine. Des inconnus au bataillon, pour moi, «facho» ou «anti-facho».

L'initiative émanait du Collectif Koltchenko dont je n'avais jamais entendu parler non plus. Renseignements pris (sur internet), Alexandr Kolchenko serait un « militant syndicaliste, anarchiste, écologiste, antifasciste » ukrainien qui s'était opposé à l'annexion de la Crimée. Ce qui lui a valu de récolter une peine de 10 ans de camp de travail. Un « bon », en somme !

Pour ta « gouverne », ami lecteur, voici la copieuse liste des idiots-utiles qui ont signé l’appel à libérerKoltchenko. Un appel parfaitement justifié. Mais les mêmes n’ont pas bronché ni bougé pour s’indigner sur le massacre d’Odessa du 2 mai 2014. Ex-staliniens, ex-trotskos, ex-maoïstes, altercapitamistes, sociétaux-libéraux, citoyennistes et anarchoïdes confondus, auxquels on aurait pu ajouter les pussy riots et autres femen sponsorisées par Georges Soros et la Heritage Fountation, tous préfèrent s’impliquer et chanter à l’unisson dans le chœur poutinophobique :

Organisations signataires :
Ligue des Droits de l’Homme
Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme
Groupe de résistance aux répressions en Russie
Ukraine Action
Action antifasciste Paris-Banlieue
Initiatives Pour un Autre Monde - Assemblée Européenne des Citoyens
Union syndicale Solidaires
Fédération Syndicale Unitaire, FSU
Confédération nationale du travail - France, CNT-F
Confédération Nationale des Travailleurs - Solidarité Ouvrière, CNT-SO
Syndicat National de l’Enseignement SUPérieur, SNESUP/FSU
Tendance intersyndicale Émancipation
CGT Correcteurs
Sud éducation
FSU 03
Alternative Libertaire
Ensemble ! (Front de gauche)
L’insurgé
Nouveau Parti anticapitaliste, NPA

Puisqu'on parle du NPA, voir : http://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-debats/apres-femmes-voilees-affiches-electorales-npa-flirte-egalite-reconciliation/

Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner des succès électoraux du FN, quand les « antifas» hexagonaux se sont désormais joints à leur insu aux soutiens de l'euro-nazisme « décomplexé» des Pravy Sektor, Svoboda et compagnie « banderiste », parties prenantes et agissantes avec le gouvernement de Kiev de la croisade lancée contre la Russie.

Comme c’est devenu la coutume, les anarchoïdes mettent dans le même sac l'impérialisme « occidental », devenu plus agressif et belliqueux que jamais, et le gouvernement russe, en lequel ils discernent, comme à l'époque de la guerre froide, le spectre récurrent du « totalitarisme soviétique ». Ce qui correspond à la position commode du « ni…ni.. » qui, en renvoyant à dos à dos ces deux ennemis du genre humain, revient à se placer de facto sous la protection du premier et à rejoindre, qu’ils le reconnaissent ou non, le camp des euro-maidanophiles otanotropes. On est loin de la fidélité au combat de militants communistes révolutionnaires contre toute forme d'impérialisme, contre toute forme de pouvoir étatique.

Et oui ! Il y a beaucoup plus d'idiots utiles travaillant objectivement pour l'impérialisme que contre lui, milieux privilégiés par les garde-chiourmes du système-monde actuel pour aller y pêcher des recrues, effectivement idiotes et utiles, jouant les fiers-à-bras de la « subversion » sous la bannière de l’« émancipation ». À qui l'on donne toutefois l'impression d'être sur les barricades du courage et de l'abnégation, histoire de leur donner une bonne conscience et parfois quelques miettes dans le royaume de l'hypocrisie.

Car l'impérialisme paie mieux et, même quand il ne paie pas (il est souvent assez pingre en fait et ...n'a pas tort sur ce point), il accorde plus facilement au bobo-gocho son petit confort matériel, sa petite sécurité professionnelle ou au moins n’interdit pas l'accès à des salons, salles de cours et de colloques, ou même de cafés-restaurants plus ou moins périphériques, comme le Lieu-Dit ou la Bellevilloise, où le néo-petit bourgeois radicalisé ne risque rien du tout — tant que les djihadistes s’en désintéressent —, tout en ayant ce petit frisson de plaisir, cette impression de bonheur d'avoir le « courage » de « lutter » sur des champs de batailles qui se trouvent à des milliers de kilomètres contre un ennemi fantasmé qui ne menace en rien son quotidien et ses petites compromissions au jour le jour avec le dominant. Bien au contraire : cette impression justifie son sa pleutrerie !

Dénoncer Poutine, Saddam, Assad, Kadhafi, Milosevic, Nasrallah..., que de frissons d'extase combattante au rabais ! Combien de » nouveaux Hitler » à dégommer en un clic ou en un « débat » où tout le monde est d’accord sur le méchant à abattre. Et quant on peut se farcir bien pire, à savoir la réincarnation de Staline au Kremlin, quelle extase ! Alors là, c'est encore mieux qu'un jeu vidéo dans l'empire du virtuel. Lointains et vraiment pas sympas ces ennemis ! Pas comme savent l'être nos gentils « alliés », Mohamed VI, Uribe, Netanyahou et autres princes absolus démocrates des sables de l’Arabie saoudite et du Qatar ou le nouveau Sultan qui règne sur les rives du Bosphore. Car lutter ici et maintenant contre le vent dominant de l'impérialisme et les guerres qu’il déclenche, ça exige un peu plus de force de caractère et de détermination. Et un peu plus de risques et d'incertitudes, avec l’état d'urgence en prime.

Alors, ce ni-ni de pacotille, c'est le choix de rechercher ce minimum de sécurité pour ces « happy few » de la rébellion de confort installés dans la hiérarchie de la société du précariat garanti pour tous. Cette sous-classe « moyenne », politiquement et moralement médiocre devrait-on plutôt dire, cette « couche sociale » qui en tient une sacrée couche des mercenaires involontaires du système, on appelait cela dans la Rome antique les « clients ». Comme leurs ancêtres, ils savent beugler en toute quiétude des slogans de commande, « radicaux» ou non. Ils sont là, en réalité, en feignant de se dresser devant les dominants, pour se coucher et faire se coucher devant eux. Ils jouent un peu le rôle, quoi qu’ils en disent, de chiens de garde « soft », « smart power » exige, soutenant objectivement par leur silence ou se faisant l’écho assourdi de la propagande de guerre officielle, toutes les aventures mortifères d’un « empire »— comme diraient deux de leurs gourous (le tandem Negri-Lordon) — dont ils n’arriventplus à discerner la nature ni les frontières. Entre les jeunes lumpen « post-coloniaux » des cités de banlieues que nos dirigeants de la vraie droite et de la fausse gauche savent envoyer se faire sauter pour dégommer un « dictateur qui ne mérite pas d’être sur terre », et les petits-bourges bien blancs et propres sur eux qui vitupèrent en vase clos le « néo-libéralisme » et l’« oligarchie », sans réfléchir concrètement aux moyens organisationnels et aux stratégiques susceptibles de mettre fin à leur règne, les grand bourges mondialisés de la jet set, eux, ont tout le loisir pour accentuer la pression sur ceux qui nous font vivre tous, les travailleurs d'ici et d’ailleurs.

Comme toujours, il y a ceux qui mettent les mains dans le cambouis et il y a ceux qui veulent garder leurs mains propres, ce qui exige que ces mains propres encensent ceux qui tirent dans le tas de cambouis. Avec quel Rafale notre ami le prince Salman maintenant décoré par notre petit timonier mou pilonne-t-il les hôpitaux, les civils et les monuments historiques du Yémen ? Silence ou quelques grognements désapprobateurs et mesurés. On tourne (la page). Légion d'honneur, en revanche, pour le tueur en Syrie par procuration saoudien. Mais Poutine, quelle horreur !!!

Publié dans Anarchroniques

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