Place de la République Debout Nuit et Jour

Publié le par Le Père Lachaise

Place de la République Debout Nuit et Jour
Place de la République Debout Nuit et Jour
Place de la République Debout Nuit et Jour
Place de la République Debout Nuit et Jour
Place de la République Debout Nuit et Jour
Place de la République Debout Nuit et Jour

Merci Francine

Il paraît qu’il y a eu des «dégâts» place de la République ; les riverains, comme on les appelle désormais, se plaignent des vitrines cassées, des agences bancaires dévastées, de la baisse du commerce et du tort à l’image : c’est étonnant cette mode des riverains, auxquels on demande toujours leur avis (qui est toujours négatif) dès qu’il y a un début de kermesse, un départ de feu, une étincelle de révolte sous leurs fenêtres. Des riverains qui vivent place de la République mais ne veulent pas entendre parler de la République. D’ailleurs, ils n’ont pas complètement tort. Elle ne s’appelle plus République depuis longtemps, elle porte tant d’autres noms.

Si on la prend par la côte Est, elle s’appelle d’abord Quick. Quick veut dire rapide : quand on mange vite un plat fait rapidement, on meurt plus vite. Elle s’appelle KFC, une enseigne qui a ôté de son sigle la lettre «U», car baiser le client à ce point est un tour de force alimentaire. Le massacre des poulets de batterie par la malbouffe est un cauchemar non seulement pour les végétariens mais aussi pour les antivégétariens comme moi. La place de la République s’appelle ensuite McDo, une société qui ne paie pas ses impôts en France (au moins jusqu’en 2013), mais que les prolétaires apprécient parce qu’ils n’ont pas les moyens de faire de l’optimisation fiscale. La place se nomme Hippopotamus, une chaîne de marque où travaille mon ami d’enfance comme grilladin (il paraît dix ans de plus que moi), et Buffalo Grill, une société épinglée à plusieurs reprises pour vente de viande avariée : ça n’empêche pas les gens mal informés de s’y rendre. J’essaie à chaque fois que je passe devant de dissuader des inconscients de franchir les portes du ranch. Ah, nous arrivons à présent à BNP Paribas, une banque qui a vu ses bénéfices croître cette année de 10 % ; elle s’est vu cette année aussi condamner pour pratique commerciale trompeuse. Traversons la rue des marchands du Temple, la riante enseigne Camaïeu s’offre à nos regards comme dans tous les centres-villes de France. Elle est bordée à gauche par un marchand de lunettes Grand Optical puis par Orange, qui communique moins sur la gratuité d’Internet que sur ses nombreux forfaits. On trouve ensuite King Sandwich (chawarma-pizza) et l’indémodable Celio (1 000 magasins dans le monde) dit aussi «Celio, tout sauf l’ennui !», ou «Celio c’est l’homme» ou «et la mode, je m’en fous !» Après une crêperie anonyme, on se souvient peut-être qu’un café a troqué son joli nom oxymorique de «Royal République» par un banal «Café Répu». Tiens, un Yves Rocher ! Ça faisait longtemps que je n’en avais pas croisé un ; heureusement, comme je souffre à force de faire le tour de la place, je vais pouvoir regarder les vitrines de sous-vêtements chez Etam. Une attrayante agence SFR, qui concurrence Orange (voir supra) et qui concurrence Bouygues (voir infra), précède les vêtements collectifs Sergent Major.

Je commence à me sentir mal, mais la pharmacie ne me soulagera pas : sa décoration est déléguée, moyennant finances, à une société qui aménage les officines en espaces publicitaires standards. Une pause-café ? Evitez Indiana, une chaîne cow-boy qui étend son territoire au détriment du débit de boissons individuel. On traverse le Boulevard du crime (où vécut Flaubert) devant un groupe de CRS aux dossards individualisés (B12, C39, etc.) puis on va de nouveau racheter des chaussures chez Bata (la marche use vite). Une petite faim ? Miam ! Pizza Pino, ça vous tente ? Pas moi. Vous préférez La Taverne (discrète allusion platonicienne), vous aurez Léon de Bruxelles, une blague culinaire belge. Encore un opticien, cette fois-ci Optic 2000, pour ce secteur d’aveugles qui ne voit que les dégâts visibles et les impute exclusivement à Nuit debout. Un hôtel de luxe, le Crowne Plaza, d’une franchise hôtelière totale, précède Go Sport, le supermarché de l’habillement parallèle. Admirez le «Go», mot d’ordre destiné aux classes populaires : fais du sport, pas de la politique ! On pourra faire halte chez Habitat et son style exportable, mais pas dans la caserne de la Garde républicaine. Au croisement, on débouche sur la Banque populaire qui expose son désopilant slogan «Nous ne sommes pas populaires sans raisons», applicable à l’ensemble de la profession, tandis que les chaussures Eram (ça veut dire «j’étais» en latin : j’étais quoi ? J’étais las) nous tendent les mains et les pieds. Bouclons la boucle avec une nouvelle agence de téléphonie mobile Bouygues. Ce magnifique cœur de ville, saccagé par les «anarchistes», a subi des dégâts, vous a-t-on dit ? Allons, Français, encore un effort pour être Républicains !

Publié dans Actualité 2016

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