Ma langue de moni Grégo

Publié le par Moni Grego

Ma langue de moni Grégo
Ma langue de moni Grégo

Sonore, proférée… emportée,
Ou silencieuse, quand elle semble avoir atteint le calme d’une rivière.
Draguant les mots qui font la phrase brûler, ou respirer, ou flotter,
Voyager, ou se faire la belle dans la boue.
Funambule de l’ordre et du désordre.
Acérée dans l’équilibre et le déséquilibre.
La tempête et la plage.
Ma langue comme un spectre de couleurs,
Vitrail de mots dont quelquefois le plomb qui les relie semble disparaître
Et laisser magiquement la lumière tenir dans ses soleils…
Toujours au bout d’elle-même qui se cherche
Comme la vague cherche le brise-lames
Comme l’instinct va au mot juste,
Ou à l’oubli désirant la mémoire.
Tranchante scandée,
Ma langue est sur le bout.
Ma langue lèche le sexe de la rue,
Ma langue suce le suc, la sueur, la salive de la rue.
Ma langue broute le gazon des prairies,
Elle nique le béton, baise le goudron.
Ma langue ne pense pas, elle chante, elle parle,
Sa lumière fuse, fissure, claque, dans les pulsions de son cœur,
Les battements de ses émois.
Ma langue cogne, castagne,
Elle traverse les mers, les murs,
Elle saute par-dessus les barrières,
Se moque des tours de guet, des miradors, de la mort.
Elle est obscène, magique, pleine,
Elle est libre, elle court, elle ignore les frontières,
Elle se marie, se mélange,
Folle et cultivée.
Elle mord et danse, articule et bredouille, chuchote et murmure.
Elle bondit et court, se tord, dort, mouille, joue, rêve.
Ma langue est bien pendue.
Elle roule des pelles aux papyrus,
Se saoule d’encre fraîche, confond le jour avec la nuit.
Elle me prend par la main
Que ça me plaise ou non.
Elle écrit et crie et rature et lit et se love en silence dans le fil infini des mots à retordre.
Elle gambade, animal,
Elle refuse, sauvage.
Elle donne, brûlante,
Elle tremble, aphone, s’éteint,
Elle vient de si loin et va on ne sait où,
Elle ose, dit et cache, veut et s’enfuit, fignole et salope,
Elle tient debout, s’embrouille.
Elle bégaye, hésite, a des trous, tombe dans ses trous, se trouble, se brise, se hérisse.
Éclate, explose.
Elle désire et s’en fout.
Elle combat et trompe.
Elle est pure et pas simple.
Drôle et menteuse,
Élégante, ordurière, dure, femelle.
Elle échappera toujours à tout contrôle,
Se rira de toute surveillance,
Crachera sur toute punition,
Piétinera toute réduction.
Elle est souveraine et démunie,
Riche et sans pouvoir.
Elle tient dans les bouches et les mains,
Résistante, créatrice face aux pires négations.
Elle dit « oui », « nous », « amour » sans peur.
Elle aime l’amour qui est le goût des mots
Quelque horrible que soit leur sens.
Toujours douce, soyeuse, toujours alcoolisée, savoureuse,
Toujours joyeuse.
Éternellement menacée,
Vivante au-delà du vivant, survivante, légère, extrême,
Blottie dans le creux de nos riens,
Géante du devenir, elle est exquise, cosmique, galactique.
Ma langue est notre avenir.
MONI GRÉGO

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