AZF 2001 : Vu de Hopital Purpan à Toulouse

Publié le par Agnès Frédérique Sorano

AZF 2001 : Vu de Hopital Purpan à Toulouse
AZF 2001 : Vu de Hopital Purpan à Toulouse

AZF 2001

Moi c'était bizarre ... j'écoutais Madonna à fond dans La twingo avec des sub-basses du fond du coffre qui me coupaient du monde.

Un peu avant d'arriver sur La rocade j'ai franchi une voie ferrée : ma petite voiture violette chargée de musique synthétique a quitté le sol très fière ,je me suis promise de conduire moins vite à l'avenir... Dès mon arrivée sur La rocade , j'ai du piler face à un camion qui s'était arrêté brutalement et en travers , les vitres brisées . Ébahie j'ai contemplé les voitures stoppées sauvagement puis j'ai découvert comme dans un cauchemar les toits du Mirail ,effondres sur des immeubles sans fenêtres : je voyais l'intérieur des appartements, des tapisserie arrachées qui pendaient autour des gravats

Un homme courait devant ma voiture en se tenant le front à deux mains , du sang entre les doigts

Je revois La scène au ralenti... Vite , les enfants le portable , les appeler ...plus de réseau !!! C'est à ce moment-là que j'ai vu arriver un nuage orange sur ma voiture .

Immédiatement j'ai vérifié la fermeture des fenêtres , de La ventilation ,remonté mon col roulé sur mon nez et attendu en tremblant , terrorisée , désorientée ... le nuage est entré par je ne sais où , me piquant la bouche, le nez puis des muqueuses plus secrètes Je ne pouvais pas rester ainsi bloquée alors que peut-être mon service se remplissait d'asphyxiés et de blessés ... un policier a stoppé sa voiture près de La mienne puis m'a demander de repartir vers la sortie sud

À travers ma vitre je lui ai montré mon insigne de soignante collée sur mon pare-brise Tout à coup le Policier s'est dévoué pour m'escorter jusqu'à Purpan ! Sur le chemin de l'hôpital je regardai effarée les voitures aux yeux crevés , les gens blessés , perdus qui avançaient comme des zombies ... l'hôpital est La, La sirène du policier me précède dans le dédale des bâtiments vieillots mais familiers

J'ouvre les portes du service , les larmes coulent me brouillant ma vue

Une jeune interne m'a pris par Le Bras et m'a entraînée dans une chambre vide ; elle m'a auscultée très vite puis a mis dans ma bouche une barrette de lexomil

" Réquisitionnée pour le week-end !!!"

Après je me revoie courir dans tous les sens , poussant des chariots recouverts de perfs et d'ampoules pour la « rea » que nous ouvrîmes pour l'occasion

Et puis les blessés sont arrivés sur les brancards , certains sans aucune lésion visible mais dont le corps lâchait envahi d'hémorragies internes ; j’imaginai leurs organes internes éclatés…

Je ne savais pas que mon oreille gauche venait d'y laisser un tympan...Tout est relatif dans ces moments-là…

Dans l’après-midi, une collègue est venue m’interrompre dans cette course folle pour m’offrir de contacter mes enfants, ou un ami, bref, une SEULE personne .

La chance m’est revenue, j’ai pu appeler un ami qui se trouvait joignanble ; ce dernier a bravé les mises en garde de la route « attention, émanations de gaz toxiques, faites demi-tour »pour venir au secours de mes enfants qui avaient eu la merveilleuse idée de se regrouper chez nous.

Ils ont fermés les fenêtres, se demandant si j’existais encore, si leur grand-mère avait survécu dans sa maison de repos d’où elle se remettait d’un coma post-cancer…

Aujourd’hui ma mémoire se fait capricieuse, le temps, l’aggravation de mon état de santé, les morphines, je ne me souviens plus trop de ce qui a suivi, il me semble qu’il s’est passé beaucoup de temps avant que je retrouve les miens.

Dix ans après, il y a eu l’avocat, les problèmes de santé, les visites médicales obligatoires et alarmantes que j’effectuais sur Toulouse par obligation , jamais prises en charge depuis que j’avais changé de région…

Il y a eu ces horribles consultations auprès d’experts désignés, leur conclusions obscènes, leurs rapports orduriers « vous n’êtes plus toute jeune, c’est normal de perdre de l’ouie, votre dépression semble davantage liée à la mort de votre maman en 2003 » et même un « problème de pipi » mentionné dans le rapport officiel, pour toute conclusion face à ma surcharge d’adrénaline (biologiquement prouvée), qui m’obligeait à demander plus de poses à mon travail…

Aujourd'hui , handicapée,fibromyalgique, dépressive chronique, incapable de poursuivre mon activité bureautique, je passe ma vie à me soigner et espère une reconnaissance sociale qui me permettra de survivre dans une certaine dignité...pour ne pas évoquer les maladies chroniques dont certains de mes enfants sont atteints aujourd'hui (endométriose sévère, allergies sévères, problèmes récurrents d'équilibre de l'oreille interne etc...)

Publié dans AZF mon amour !

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