L'argent, Benoist Magnat

Publié le par Benoist Magnat

Je déteste le fric, surtout les petites coupures !
Andy Warhol


L’argent par Benoist Magnat
ceci n’est pas un sujet poétique
parce que dans notre milieu l’argent est sale
il n’est pas censé créer de grandes émotions
sauf si je vous dis  « votre argent m’intéresse »
là vous avez peur que je vous le mendie
que je vous l’emprunte ou que je vous le jette à la gueule
 
L’argent est sale parce que pendant des millénaires
les catholiques n’avaient pas le droit d’être usurier
on laissait ça aux juifs
mais il y a la réforme et les protestants inventent la banque
ça fait moins sale qu’usurier mais c’est pareil
 
Il n’y a eu jusqu’à maintenant aucune envolée poétique
la poésie c’est loin du fric, c’est paraît-il le contraire
J’aimerais bien pourtant avoir le prix Nobel de littérature
pour me faire du pognon, du flouze en deux mots
 
Pour le moment en tant que poète
j’ai juste le droit de gagner votre sympathie
ou de faire s’envoler vos âmes au Paradis
ou d’exciter votre intellectualité
ou de faire fondre vos coeurs dans du beurre
pas le droit de gagner de l’argent
ou juste de quoi rembourser mes déplacements
 
Je remarque que je continue à dire des mots sales ou besogneux
comme multinationales, banques, intérêts, dette publique
normalement c’est réservé à la politique ou à l’économique
On devrait inventer une nouvelle loterie pour gagner beaucoup d’argent
au lieu de chiffres , des mots avec des lettres
Si dans un court poème vous avez 5 a comme abrutis
12 e comme évasion, 1 i comme inconnue
deux c comme connards, 5 l comme ailes de corbeaux
et 1 z comme zébritude vous gagnez par exemple 100 millions d’euros
le peuple se remettrait à écrire des poèmes très courts comme :
 
Je suis en vie comme un papillon
deux jours
puis je me suis fait voler ma vie par une banque
 
Jackpot vous avez gagné Madame Ducommun ou Monsieur Delajoie
au casino de la misère
Arrêtez de rêver
Tout ce fric entassé par des milliers de millionnaires
par des centaines de milliardaires
ainsi que tous les intermédiaires qui nous polluent la vie
 
Ce poème est nul : aucune envolée lyrique, pas de rimes, pas d’émotions
que des morceaux de jambon, les jambes en l’air
ça vient bien du cochon où l’on mettait nos petits sous quand on était petit
Alors je dis vive la poésie cochonne
j’ai pas dit porno qui vient de pop corn
la poésie avec des mots sales, orduriers, provocateurs comme
actionnaires de grandes entreprises, spéculation financière, bourse et actions
 
J’en peux plus de raconter ce que tout le monde raconte
Le peuple fait-il de la poésie avec l’argent
qui rime avec fin de mois difficile
avec mes crédits qui m’étranglent avec mon banquier l’éventreur
avec l’obligation de travailler à faire n’importe quoi
              pour gagner de l’argent
                   pour survivre
                  survivre à quoi ?
 
Comme vous ne voulez pas travailler pour gagner moins
comme vous ne voulez pas travailler pour faire n’importe quoi
comme vous ne voulez pas jouer aux jeux d’argent pour espérer
des années qui chantent
comme vous voulez réaliser votre vie simplement
vous n’êtes pas dans le droit chemin qui mène au capitalisme
et à l’amoncellement d’argent
 
Je suis une cigale poétique et les fourmis je les emmerde
C’est quoi cette poésie de foutre  qui jure à tout bout de champ
Faut choisir champ de tir ou bonheur dans le pré
guerres internationales pour activer la vente d’armes
et comme butin de guerre des champs pétroliers en voie d’extinction
ou bien pacifiste baba cool qui gratte sur sa guitare
avant de se gratter les puces
 
Je cherche de vrais poètes
qui me mettent tout ça en vers ou en chanson joyeuse
avant que je crève la bouche ouverte avec une pièce entre les dents
Allons poètes ressaisissez-vous et parlez-nous d’amour avec un triple  A
 
Benoist Magnat

 

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