Explosion de l'usine AZF de Toulouse

Publié le par Christian Durand, une victime...

AZF Dix ans !

L’usine AZF de Toulouse est détruite le 21 septembre 2001 par l’explosion d’un stock de nitrate d’ammonium, entraînant la mort de 30 personnes, faisant 2 500 blessés et de lourds dégâts matériels. Le procès de la catastrophe s’ouvre à Toulouse le 23 février 2009 pour quatre mois de débats. Le 19 novembre 2009, le Tribunal rend un jugement de relaxe générale.

L’usine chimique AZF (AZote Fertilisants), aujourd’hui rasée, appartenait jusqu’en 2005 à la société Grande Paroisse. Cette société, alors filiale d’Atofina, regroupait depuis la fusion de Total et d’Elf-Aquitaine une partie des activités chimiques du groupe Total. Cette usine était située à 5 km du centre de Toulouse, au sud, entre la Rocade, l’autoroute menant vers Tarbes, et la Garonne. Initialement construite à l’écart de la ville en 1921, elle a été progressivement englobée par l’agglomération. Elle employait un peu moins de 500 personnes sur un terrain de 70 hectares1. Elle produisait en grande partie des ammonitrates agricoles et en plus petite quantité des nitrates d’ammonium industriels mais aussi de la mélamine, des résines et des produits chlorés tel que l’ATCC et le DCCNA. La fabrication de l’ensemble des produits était issue de la production d’ammoniaque, la synthèse d’ammoniaque réalisée à partir du gaz  naturel provenant de Lacq.


La catastrophe

Le 21 septembre 2001, à 10h17, un stock d’environ 300 - 400 tonnes de nitrate d’ammonium déclassé destiné à la production d’engrais a explosé au bâtiment 221 222 , creusant un cratère de forme ovale de 70 mètres de long et 40 mètres de largeur, et de 5 à 6 mètres de profondeur. La détonation a été entendue à plus de 80 km de Toulouse. Un séisme de magnitude 3,4 a été enregistré.

L’explosion a été précédée de phénomènes de diverses natures (électriques, électromagnétiques, lumineux, sonores, etc.) et plus particulièrement d’un bang acoustique qui a été perçu, enregistré sur magnétophone et analysé.

Certains en ont déduit l’existence d’une première explosion, de plus faible intensité, une dizaine de secondes avant la catastrophe proprement dite aussi. Un avion de la compagnie Air France devait passer à l’heure pile de la première explosion celui-ci a eu un retard ce qui a limité les dégâts.


Conséquences

Bilan humain

Le bilan officiel fait état de 31 morts, dont 21 employés sur le site parmi lesquels 10 salariés de Grande Paroisse et 8 extérieurs, et environ 2 500 blessés dont une trentaine dans un état grave .

La majorité des victimes ont subi les effets directs du souffle de l’explosion, ou ses effets indirects, en étant touchée par des objets portés par ce souffle (éclats de verre notamment). Selon l’Institut de veille sanitaire, de nombreuses personnes souffrent de désordres psychiques (dépressions, angoisses, insomnies), mais aussi de problèmes auditifs. Dix-huit mois après l’explosion, quelque 14 000 personnes étaient toujours sous traitement pour pouvoir dormir, calmer leurs angoisses ou soigner une dépression .


Bilan matériel

L’explosion a causé des destructions importantes dans la partie sud-ouest de la ville7. Le site AZF lui-même est soufflé. Seul le poste de garde est encore debout mais il sera détruit le lendemain pour raison de sécurité . La tour AZF résiste tout de même au souffle. À proximité, les zones commerciales de Darty et Brossette sont totalement détruites. 150 bus de la SEMVAT, la société de transport public toulousain de l’époque, sont également détruits dans l’entrepôt de Langlade situé en face de l’usine.

De très nombreux logements, plusieurs entreprises et quelques équipements (piscines, gymnases, salles de concert, lycée Déodat de Séverac) ont été touchés. Les dégâts (murs lézardés, portes et fenêtres enfoncées, toitures et panneaux soufflés ou envolés, vitres brisées…) ont été visibles jusqu’au centre-ville. Parmi les équipements publics touchés, on peut citer le grand palais des sports (entièrement démoli et reconstruit suite à ces dommages), le Bikini (salle de spectacle), l’École nationale supérieure des ingénieurs en arts chimiques et technologiques, le lycée Gallieni et le centre hospitalier Gérard Marchant.


On estime les dégâts matériels globalement à 2 milliards d’euros, dont 33 millions d’euros pour des bâtiments publics.


Autres conséquences

Contrairement au souhait des salariés de l’usine, qui demandaient le redémarrage des installations épargnées après renforcement des mesures de sécurité, le site de l’usine et ses alentours, dévastés, ont entièrement été rasés et dépollués. Plusieurs projets ont été présentés, dont une zone verte et un centre international de recherche sur le cancer, proposé par le maire de Toulouse Philippe Douste-Blazy juste avant sa nomination comme ministre de la santé. En dépit des actions de recours effectuées par certaines associations déclarant représenter les riverains, la réalisation de ce projet est en cours.

La tour la plus haute de l’usine, qui avait survécu à l’explosion, a finalement été mise à terre (bien qu’elle fût un point de repère apprécié des pilotes d’avions en approche vers l’aéroport de Blagnac).

Autre réminiscence du traumatisme subi par la population, la combinaison de lettres AZF n’a pas été utilisée, à la demande du député de la zone concernée, sur les plaques d’immatriculation des véhicules du département : on est passé directement de la combinaison 999 AZE 31 à la combinaison 11 AZG 31.


Enquête judiciaire et scientifique

Trois jours après la catastrophe le procureur de la République, M. Bréard déclarait qu’il s’agissait « à plus de 90%» d’un accident. Le 28 septembre 2001, il a ouvert une information judiciaire contre X pour homicides, blessures et destruction des biens involontaires. Le juge d’instruction Thierry Perriquet a repris en novembre 2003 l’instruction commencée par 2 autres magistrats.


Cette hypothèse de l’accident reste toujours privilégiée par les autorités. En effet cette thèse postule que la catastrophe a été provoquée par une erreur de manipulation qui aurait conduit un employé d’une entreprise sous-traitante d’AZF à déverser, un quart d’heure avant l’explosion, 500 kg de produit chloré pour piscines (DCCNa ou Dichloroisocyanurate de sodium), produit dans une autre partie de l’usine sur le tas d’ammonitrate stocké en vrac. Or la reconstitution réalisée sur place en octobre 2002 a mis en évidence l’impossibilité de confondre les deux produits, du fait de la très puissante odeur de chlore dégagée par le DCCNa. Pour sortir de l’impasse, les experts ont imaginé par la suite un autre scénario, dans lequel les quantités de DCCNa mises en jeu sont ramenées de 500 kg à seulement « un ou plusieurs kilos » négligemment balayés par l’employé incriminé, lequel a bénéficié d’un non-lieu peu de temps après.

 

Mais des analyses d’échantillons de sol prélevés par le SRPJ de Toulouse en novembre 2001 dans le hangar où le manutentionnaire est censé avoir collecté les fameuses balayures, montrent qu’il n’y avait pas de DCCNa à la surface de ce local. En outre, si les tests d’explosivité des produits incriminés ont confirmé leur extrême réactivité, celle-ci ne se manifeste que sous certaines conditions qui sont très éloignées de celles qui prévalaient dans le hangar 221 un quart d’heure avant l’explosion : milieu confiné, mélange intime des produits broyés en poudre, forte humidité.

Par ailleurs les conditions de stockage au sein du hangar 221, qui a explosé, ne respectaient pas toutes les préconisations en vigueur dans l’industrie chimique, ce qui fera dire à un ancien salarié « si l’usine n’était pas une poubelle, le hangar 221 en était une ». Mais ces éventuels manquements à la réglementation ne suffisent pas à expliquer l’origine de la catastrophe.

 

En novembre 2004, le juge d’instruction Perriquet a signé un non-lieu en faveur des neuf personnes (cadres et employés de l’usine AZF) qui avaient été mises en examen pour non-observation des règles de sécurité et autres manquements. Les thèmes de l’usine « mal tenue » ou « d’erreur », utilisés par le procureur initialement ne sont plus retenus dans les derniers actes du juge d’instruction. La réaction chimique à l’origine de l’explosion continue de faire l’objet d’une bataille d’experts et l’instruction n’a pas permis de trancher ce point. Toutefois, la catastrophe a révélé l’incompatibilité jusqu’alors inconnue des produits incriminés. En décembre 2005, le chef d’atelier qui avait été impliqué dans le scenario jusque-là pris en compte était également définitivement mis hors de cause.


Le 31 mai 2006, la société Grande Paroisse a été mise en examen en tant que personne morale. Le 13 juillet 2006, un non-lieu est prononcé en faveur du manutentionnaire qui était soupçonné d’avoir réalisé un mélange malencontreux d’un produit chloré avec le nitrate d’ammonium. Il ne reste donc que la société Grande Paroisse et le directeur de l’usine Serge Biechlin à avoir été mis en examen pour « homicide et blessures involontaires » dans cette affaire. Le 20 septembre 2006, peu après la remise d’un rapport final par les experts, concluant qu’un mélange accidentel de matière est à l’origine de l’explosion, le Juge Perriquet clôt l’enquête.


Le 3 mai 2007, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse a rejeté toutes les nouvelles demandes d’investigations et mettait aussi un point final aux expertises du Civil alors que des experts n’avaient pas terminé leurs travaux.

Enfin, le 9 juillet 2007, peu avant sa nomination à la Cour d’Appel de Monaco, le magistrat instructeur Thierry Perriquet, ordonnait le renvoi devant le tribunal correctionnel de la société Grande Paroisse et du directeur de l’usine Serge Biechlin pour « homicides et blessures involontaires », car les infractions de « mise en danger de la vie d’autrui » et d’« entraves à l’enquête » n’ont pas été retenues . Plusieurs fois reporté, le procès s’ouvre lundi 23 février 2009 et doit durer 4 mois. Les audiences se tiennent salle Jean-Mermoz, une salle municipale spécialement aménagée pour accueillir la soixantaine d’avocats, plus de 200 journalistes et des milliers de parties civiles. Le procès correctionnel, le plus grand jamais tenu en France, sera filmé pour l’Histoire.

 

ndlr : gageons qu'il n'y aura ni responsables ni coupables, sinon La Fatalité...

AZF mon amour ! un petit Tchernobyl français...

Publié dans AZF mon amour !

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