La Fée d'Oryphore 2

Publié le par Le Père Peinard

DE  L’EFFET  DORYPHOREsuite

La fée d'Oryphore

 

Suite à notre installation, nous avons fait ensemble les démarches de proximité nécessaires.

La gendarmerie du bourg
Le chef au visage aussi fermé qu’un verrou grippé, nous a mis en garde contre toutes ventes de gâteaux, tableaux et autres fariboles (sic) en porte-à-porte, ce qui serait extrêmement mal vu. Bonjour l’accueil !

Le maire de notre village
Il s’est trouvé enchanté de l’arrivée de deux couples et trois enfantsqui  s'ajoutant aux
quarante huit habitants recensés provoque une explosion démographie majeure. Mais il nous fit savoir aussi que les tondeuses ne sont admises que les samedis entre neuf heures à midi et de seize heures à dix neuf heures car « si la sieste est recommandée au sud de la Loire, elle devient obligatoire au sud de la Garonne ! » Dimanche couvre-feu.
D’autre part, regard de tueur, la moto verte n’étaient même pas envisageable.

 

Les Enfumés

Incrédules, nous apprîmes de plus que le nom collectif des villageois n’existait qu’en patois : ets ahoumats qui n’a aucun rapport avec le panneau indicateur mais maintient la tradition. La signification tourne autour des enfumés, dérivée des teints mats et des cheminées ayant à cœur d’étouffer les maisonnées.

 

Fiesta permanente

Forts de ces recommandations, on se doute qu’une belle série de fêtes fit honneur aux deux habitations. La consigne étant simple : tout le monde est invité et chacun amène un peu de nourriture et son diluant. La raison provient de nos moyens limités et de la résolution de travailler au minimum pour ménager des temps de randonnées. N’allez pas le chanter sur les toits, s’il vous plaît !

 

Les années passent

Les jeunes eurent tout loisir d’apprendre à se connaître. Si les grands dansaient et tapaient sur les percussions selon l’inspiration, les enfants restaient sous la surveillance attentive d’un des parents dans l’autre maison. On imagine aisément la nichée cherchant tous les prétextes à chatouilles. En période calme, combien de fois avons-nous endormi nos enfants à coup de guitare et douces harmonies ?

 

Zigmu à donf !

Fait en découlant, les jeunes devenus grands jouent tous d’au moins un instrument ce qui explique que les mange-CD sont tout à fait frustrées dans les environs car quoi de mieux que de réaliser notre propre musique ? Au passage, je n’ose même pas décrire la tête de nos parents et membres de nos familles en cas de festivité ce qui, par contre, a un avantage certain : tous eurent l’idée de trouver un gîte assez loin des couloirs d’échos !

 

Le Sel de la terre

De fils en aiguilles, nous avons trouvé notre place, aidés de la diversité de nos compétences, de campagnes d’entraides, de « teufs et de beufs » sans jamais instaurer le système des SEL* puisque l’aide est indispensable et n’a que difficilement une valeur rationnelle : qu’on se le dise !

 

Signal éthique cousu main

Si le réseau d’amis est un atout maître, les enfants le sont tout autant. Aux premiers temps, nous avons communiqué avec les natifs à travers notre progéniture. L’un des grands déclencheurs fut la balade des vélos : un mercredi après-midi, ancienne salle de classe, cartons feutres et un code de la route. L’objectif fut de dessiner quelques panneaux de signalisation routière et les commenter. L’activité dépassa toutes nos espérances alors que deux papas ravis en eurent de belles ampoules en maniant aussi vite que possible la paire de ciseaux. Le samedi suivant une flopée de cyclistes se sont croisés dans tous les sens, s’évitant bien souvent de justesse. Il s’avéra que si les panneaux étaient bien compris, les systèmes de freinages étaient inadaptés aux petites mains. Devinez la suite…

 

L’une des fêtes de Pâques.
Les grands tombés du lit ont assuré l’information dans le village, la collecte générale, les cachettes et demi-cachettes des vrais œufs et leurs cousins en chocolat. A neuf heures tapantes, une table trône face à la mairie, elle exhibe une carte du village dessinée aux crayons de couleurs et mentionne les maisons au nom des enfants. Les parcours furent proposés en fonction de l’âge des jeunes. Ce fut la matinée des Ventres à Terre au sens propre comme au figuré ! Il me revient en mémoire les chaises devant les portails, les sourires et les « tu chauffes… » avec un large sourire et la larme à l’œil. Cette activité a aisément dépoussiéré le village grâce aux trotte-menu. Midi, rassemblement général et palabres autour des omelettes au sucre et… au rhum : il faut savoir s’en remettre tout de même.

 

Halloween.
La fête eut du mal à s’imposer : « et pourquoi pas du ketchup et du coca pendant qu’on y est ? » Contre vents et traditions la première année, la ribambelle fit le tour des maisons pour se retrouver aux anges sur les marches de l’église en grand partage. L’année d’après, les « rascals » se divisèrent en deux groupes pour d’une part, obtenir les bonbons et d’autre part, finir les fonds de tiroir. La récolte fut inespérée, douée la génération prometteuse !

 

La fête du village.
La traditionnelle sérénade fut une pratique des jeunes. Ils passaient dans chaque maison proposant cocardes, bonbons, cigarettes et quelques couplets à faire tourner le temps contre trois sesterces qu’ils réinvestissaient en approvisionnement de refête. L’idée fit école et nous dûment prévoir un budget spécial bouquets de jonquilles, trèfles à quatre feuilles et même cinq ou six mais collées… Il fallut tirer le frein à main.

 

Le chef d’œuvre !

Récemment nos enfants devenus aussi grands que nous et tellement plus habiles en informatique ont décidé de nous inviter chez nous avec un grand sourire établissant que depuis le temps qu’on les conviaient, il devient nécessaire que vous « fiestiez » au moins une fois grâce à nous ! Vous savez quoi ? Les récidives furent tout à fait réussies, étrange non ?

 

Alors, franchement, elle est pas belle la vie ?

 

*SEL : système d’économie libre provenant du Canada et où il est tout de même question d’une forme de monnaie.

Publié dans Corderie en Barousse

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