La Mise en Garde - 4

Publié le par Christian Durand

La Mise en Garde 4 (à vue) par l’Ingénu Libertaire*
- Quatrième épisode : Le trombinoscope

Ce récit parait en feuilleton chaque vendredi : 
La Mise en garde (à vue) par l’Ingénu Libertaire* 1

Tous les noms de personnes* et de lieux* sont fictifs. Toute ressemblance. Pure coïncidence.
Les faits évoqués, même les plus atroces, sont couverts par la prescription décennale depuis le 1 janvier 2010.
«  Pas tous … » susurre l'avocat.
Les passages en italique sont authentiques et subjectifs mais tout aussi fictifs.

Résumé des chapitres précédents : Une maison la nuit, une mise en garde à vue, une perquisition, un gardé à vue, quatre fonctionnaires de police : Baudelaire, Rambo, Dupont-la-joie et Nestor Burma, les interrogatoires, la nuit au mitard. Deuxième jour.

ndlr : le Soviet du Café de la Plage à Montredon* du Larzac nous prie d’insérer le communiqué suivant :
La dernière photo du troisième épisode est une grossière provocation policière.
Maguelonne ! C’est là que notre camarade Joseph B. a passé de longs mois de zonzon.
Il y a rédigé un Guide du Taulard qui fait autorité chez les prisonniers et les matons.
Cf. La Bataille de Millau
Dont acte.

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Café de la Plage à Montredon
Photo xian. Trucage

In memoriam Lou Larzac, ou le blues de vache

 

Le matin comme une délivrance. Médicament au comptoir. Paperasses. Couloirs, ascenseur entre Rambo somnolent et Burma pas rasé. Toilettes normales. Couloir. Bureau. Chaise. Courbatures. Il se plaint de sa nuit. Voudrait avertir son fils. Refus. Ce soir peut-être. Si on obtient des réponses à nos questions. Ils veulent en savoir plus là-haut. Reprenons depuis le début. Vos nombreux voyages dans la région. Pourquoi une voiture de location. La votre en panne. Mais vous en avez trois. Trois en panne. L’hiver ça arrive.

La voiture de location. Un petit plaisir. Une berline toute neuve. Une Golf*. Poussée à 190 sur l’autoroute dans la descente vers P*.

Rendez-vous au bistrot que vous savez. Avec qui. La militante et l’adjoint au maire. Leurs noms. Déjà indiqués hier.. Nous vérifions. D’autres rencontres. Oui. Des dizaines. Personne en particulier. Non.

Ils lui ont demandé de laisser sa voiture. Ils ne lui ont pas bandé les yeux. Mais la voiture a fait des tours et des détours dans l’arrière- pays. Il fait remarquer qu’on est déjà passé là. Précautions pour vérifier qu’on n’est pas suivi. Mais on va où. En Euzkadi* Sud. A travers champs et chemins creux. Une cour de ferme isolée. On surplombe toute la région. Des chiens. Une mémé. Des coups de sifflet stridents. Un peu de nervosité.

Quelques paysans robustes sortent des chemins creux. Deux enfants qui jouent avec les chiens. Leur maman très chicos. Salutations. Présentations. Un ami venu de T*. Pas de noms ni même de prénom. Ma grand-mère. Le fils de. Sa femme. Ses enfants. Le cousin de. Le neveu de. Un nom de village ou de hameau. Echange de nouvelles. C’est tous des parents de prisonniers politiques. Les enfants présentent leurs dessins lugubres. C’est quoi. La guerre.

Un buffet est servi dehors sur des tréteaux. Pain de campagne. Du vrai. Cochonnailles, fromage, vin. Café. Puis le ou la Patxaràn. Prononcer patcharane. Une eau de vie à base de prunelles macérées plusieurs mois dans un alcool très fort et anisé. Une « boisson-d-homme ».Toutes les femmes en boivent. Chaque famille a la sienne. On lui donnera une bouteille.

 

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Fausse ferme typique, photo xian.

 

C’est une fausse ferme. Pas de poules. Pas d’engins. Pas de fumier. Les « paysans » ont des mains d’intellectuels. Et la mémé est trilingue. Dans la pièce principale traversée pour aller aux toilettes, de nombreux cartons. Des affiches. Des tracts. Dans la pièce attenante, des matelas, des sacs de couchage. Ne pas trop les dévisager. Ne pas poser de questions.

Il passe un examen d’entrée. Des fois que. Même les gosses se souviendront de lui. Au cas où.

Ménage soigneux. Pas une trace. Tout ce petit monde repart avec des cartons, des affiches. Les voitures étaient garées plus loin. Des fois qu’il aurait la mémoire des chiffres et des lettres. On rentre directement. Il a réussi la première partie de l’examen. Soirée familiale chez la mémé, ancienne instit, grand-mère de la militante écolo. Excellent ragoût. Patxaràn. Bien sûr que c’est bio. On lui donne sa bouteille El Casero Patxi, con endrinas. Il l’a toujours. Il suffit de rajouter des fonds de bouteille, gin, whisky, vodka, un trait de pastis de temps en temps. Liqueur des vieux garçons.On commence à tâter le terrain. A mots couverts. Par petites touches. Il joue l’ingénu. Il invite le couple militant à venir dans le T*. Ils viendront à dix, l’été suivant, avec les gosses et trois chiens.

 

 

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Baudelaire sévère....

... mais votre adresse dans la poche d’un responsable. Elle n’y est pas arrivée toute seule. Il l’avait donnée à plusieurs personnes intéressées par les problèmes de l’eau. Le journaliste local. Un militant écolo du coin. L’adjoint au maire. Le flic des rg. Vous avez leurs noms sur l’agenda. Sauf le rg. On vous le rendra plus tard. Le fax crache des dizaines de feuilles. Format paysage. Une vingtaine de photos d’identité par feuille. Une trentaine de feuilles. Sur la table sous son nez. C’est le trombinoscope des réseaux de soutien. Cinq ou six cent.

Vous allez regarder ces photos. Ils appellent l'opération un retapissage. Si vous reconnaissez. Des hommes jeunes et des vieux. Prenez votre temps. Des femmes. Elégantes. Des mémés à l'habillement rural. Des ados presque des enfants. Des curés. Patibulaires. Oui ils font tous des grimaces quand on les photographie. Pour être moins reconnaissables. Tenez celui-là. Oui. Tout le monde se rapproche. Et alors. On dirait le lieutenant. Nestor Burma. Vous n’auriez pas. Pour me piéger. Amusement. Mais non c’est I*. On le connait bien. C’est vrai qu’il te ressemble. Arrêtez vos conneries. Café. Ils s’éloignent. Chaque photo a un numéro. A la fin, un index donne l’identité à partir du numéro.

Ils y sont tous. Et toutes. Et lui aussi.

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Où en est-on. Ils savent qu’il en connait plusieurs. Il en reconnait deux ou trois. Ca ne fait pas le compte. De guerre lasse il en prend un au hasard. Qui ressemble au Baudelaire de Nadar. Tenez celui-là en haut à droite, il lui rappelle quelqu’un. Un grand silence frisé s’abat sur le bureau. Trois statues pétrifiées. Plus un geste. Plus un souffle. Tous l’entourent. Trois chiens d’arrêt. La truffe humide. Un vertige le traverse. Il frissonne. Où ça. Quand ça. Il me semble. Mais c’est flou. La photo est mauvaise. Oui il a tordu la bouche et baissé les yeux à la photo. C’est lui. Vous le reconnaissez. Vous l’avez rencontré. Il a envie de hurler mais non  Non  il ne sait pas qui c’est. Une vague ressemblance. Dans un bistrot. Dans la rue. Peut-être au fond de la salle municipale. Mais c’est qui.

Buron Aveyron

Planque typique, photo xian, grossièrement maquillée, l'arc-en-ciel est factice.


C’est Tirabuixô*, le responsable de la logistique, alias El Xaï*. Les planques. Le réseau. C’est sur lui qu’on a trouvé l’adresse. Ko assis. Et merde. Une photo sur cinq cents prise au hasard parce qu’il ressemblait à Baudelaire, son héros littéraire. Ils ont vu son trouble. Le harcèlent. Où. Quand. Comment. Pourquoi. Mais s’il le connaissait il ne l’aurait jamais reconnu. C’est vrai reconnait Rambo. Mais Nestor. Au contraire il se couvre. Au cas où nous saurions. C’est un malin. Baudelaire reste dubitatif. Non. Il ne pouvez pas savoir que. Ca devient trop compliqué. Et il ne signera jamais qu’il a rencontré Tx*.

On est dans la théorie des jeux à rationalité restreinte par une information imparfaite. Je sais que peut-être tu sais. Il sait que tu sais peut-être qu’il sait. Le buteur et le goal. A droite ou à gauche. Le coup d’avant. Il va changer de côté. Il pense que je vais changer de côté. Je ne change pas de côté. Il ne va pas changer de côté. Un penalty sur cinq est arrêté.

 

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Burma n’en peut plus. Quelqu’un me remplace. Le gardé à vue s’affaisse sur la table. Ca va. Vertige. Voir un médecin. On imprime.. Déposition en neuf exemplaires. Réquisition du médecin en trois exemplaires. Une belle liasse. On relit. Pas de lézard. On signe. Verre d'eau. Elle en a pour son argent. Appel personnels. Comment vont les gosses. Je t'aime. Ce week-end. Je sais pas. C'est plus compliqué que prévu. Embrasse les gosses. Je t'aime.

Qu'est ce qu'on fait ce soir. Si on allait dans ce bar où on avait tapé une pute. Mais non. Taper quelqu'un ça veut dire l'arrêter.

A suivre.

Publié dans La Mise en garde

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