La Mise en garde - 5

Publié le par Christian Durand

La Mise en Garde (à vue) de et par l’Ingénu Libertaire*
- Cinquième épisode : Un petit tour en ville

 

Ce récit parait en feuilleton chaque vendredi
La Mise en garde (à vue) par l’Ingénu Libertaire* 1

Tous les noms de personnes* et de lieux* sont fictifs. Toute ressemblance. Pure coïncidence.
Les faits évoqués, même les plus atroces, sont couverts par la prescription décennale depuis le 1 janvier 2010.
« Pas tous …» susurre l'avocat.
Les passages en italique sont authentiques et subjectifs mais tout aussi fictifs.

Résumé des chapitres précédents : Une maison la nuit, une mise en garde à vue, une perquisition, un gardé à vue, quatre fonctionnaires de police : Baudelaire, Rambo, Dupont-la-joie et Nestor Burma, les interrogatoires, la nuit au mitard, les interrogatoires, le trombinoscope.

Pause dans la cage vitrée. Tous les procès-verbaux sont recomptés, faxés, rangés. Une cinquantaine de pages. Elle en a pour son argent. Le grésillement du fax. Echanges téléphoniques dans un autre bureau. Mauvaise nouvelle. Rebelote. Il faut aller voir le juge d’instruction pour prolonger les réjouissances. Escorte allégée. Rambo et Nestor. Pas de menottes. Traversée de la ville. Embouteillages. La nuit tombe. Le vieux Palais de Justice sur la Place du Parlement. La semaine d’avant, un comité de soutien y attendait la libération de M*, après une semaine de garde à vue en forme de détention pour une bagarre d’étudiants. Et un fusil à pompe qu'il s'apprétait à offrit à
son vieux  papounet qui vit isolé dans la forêt hostile. Les flics morts de rire. Le juge était en vacances. Ou malade. Juge mort de rire. Non-lieu final. Une semaine de taule pour rien. Le temps de dissuader un employé de mairie de se suicider.

 

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Entrée du Tribunal

  La Bataille de Millau

Le bâtiment est en travaux. Chantier désert. Couloirs lugubres. Mauvais éclairage. Bureau de la juge d’instruction. Vieilles boiseries. Hautes baies crasseuses. Rayonnages débordants de dossiers. Cartons au sol. Piles de chemises sur les tables. Impression de désordre, d’abandon. Chauffage électrique d’appoint. L’air sévère de la juge en manteau, furieuse d’avoir du prolonger sa journée. Pas de présentation. Une assistante maussade et corpulente qui cherche dans le vieil ordi le formulaire de procès-verbal de prolongation. Il se retient de suggérer que dans le dossier M*. La mauvaise relation entre la juge et l’huissière est palpable, conflictuelle, contentieuse.Ou autre chose. Mais c’est la subordonnée qui domine. Elle est la seule à savoir se servir de l’ordi et de l’imprimante.

l'eau changée en vin !

Le Bureau de La Juge...

Peut-il savoir pourquoi. Non. Elle n’instruit pas ce dossier. Peut-elle recueillir les observations du gardé. Non. Mais dites toujours. Inquiétude et grimaces chez les escort boys. Il tient à préciser que les fonctionnaires qui l’accompagnent se sont toujours comportés correctement. Mais il tient à protester énergiquement contre les conditions matérielles de la garde à vue. La nourriture infecte. Les conditions d’hygiène. La grossièreté du petit personnel. L’absence de véritable room service. Elle sait. Elle sait. Elle n’y peut rien. C’est pire ailleurs. Ecrivez au ministère. La secrétaire impatiente tend les papiers. Lecture. Tampon. Signature. Couloirs. Embouteillages

 

2010 fdj

Copyright Ode Bo la Parano...

Ils l’ont laissé seul sur le siège arrière. C’est lui qui les interroge. Pourquoi on ne le confronte pas avec les autres suspects. C’est une procédure écrite. Non-contradictoire. Il est juste un témoin. On sait bien qu’il n’est pas. Qu’il n’a pas. Il leur faut démanteler les réseaux de soutien. La frontière est perméable. Les commandos se réfugient en F*. En se faisant passer pour des réfugiés politiques. Ils repèrent des sympathisants. Les font approcher par des militantes. Jouent sur la corde sensible. Demandent d’entreposer du matériel de propagande. Puis des fugitifs menacés de mort. Puis des armes, des explosifs. C’est souvent des intellectuels de gauche abusé par une phraséologie révolutionnaire. Vous avez le profil. Merci.

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Tentation...

Rambo va acheter des cigarettes. Vous voulez quelque chose. Ils sont désolés pour la bouffe. Une boisson. Non. Une pizza. Les portières ne sont pas sécurisées. La ville affairée. Les vitrines illuminées. A portée de main. Les passants qui ne soupçonnent pas. Se perdre dans la foule. Burma bougonne. Ne faites pas de conneries. Demain c’est terminé. Baudelaire rentre ce soir à P*. Voilà la pizza. Merci. Immangeable. Dévorée. Cigarettes. Ne pas fraterniser. Ne pas parler. Besoin de parler. Envie de parler. Il parle. Il balance. Bilbao*. Invité par le fils d’un responsable historique. Il a rencontré des anarchistes. Des réunions. Une petite manif. Echangé des adresses. Promis de distribuer. Se taire. Mais ça ne les intéresse pas. Leur cible et les anars se détestent. Se flinguent parfois. Il se tait.

 

Le vieil anar sentencieux lui avait dit : un coup, tu le fais à deux.
Et si tu peux le faire tout seul, c’est encore mieux.

Bukowski

Le vieil anar

Retour à la cage départ. La vieille tartine. Le camembert racorni. L’eau tiédasse. Assoupissement. Réveil brutal. Les targettes claquent encore plus fort. C’est le médecin de garde. Grand escogriffe qui prend malin plaisir à ouvrir et fermer les targettes à pleine volée. Vous ne devinerez jamais son nom**. Enlevez votre blouson. Prise de tension désinvolte. Mégot au bec. Tension dans la zone rouge. Le pouls à 120. Ah non je ne suis pas pharmacien. Il pue l’alcool et le tabac. Signez les papiers. N’oubliez pas vos pilules la prochaine fois. Ricanement. Clanch clanch.

 

Le dépôt se remplit. Les habitués. Pochtrons ensanglantés. Putes et travelos aux maquillages défaits. Injures, coups. Protestations. Cages. Soudain grand remue-ménage au fond du couloir. Toute une noce rigolarde et vacillante qui s’est carambolée elle-même. Casse-couille* vocifère Mais Putain de Merde emmenez-les aux urgences. On l’a remplie avec les blessés. Ceux-là sont juste ivres-morts. Attention ils vont gerber partout. Ils refusent la prise de sang. Les avocats arrivent. Il y a des femmes court vêtues. Toutes les cages s’agitent. Casse-couille fait une ronde en agitant sa matraque. Le calme revient. Punition collective. Pas de réponse aux coups sur les portes pour boire ou pisser. Protestations. Pissez dans vos chaussures et me cassez pas les couilles. Ronflements. Cris dans la nuit. Cauchemars.

 

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Fuite en hélico sous les tirs croisés...

Faire le point. Préparer la contre-offensive. Alerter presse et média. Dormir. Un comité de soutien a du se constituer. Une pétition. Des centaines de signatures. Des femmes surtout. Les noms les plus prestigieux. Des manifs partout. Incidents. Répression. Blessés. Mobilisation croissante. Le gouvernement interpellé. Commission parlementaire. Démission du ministre. Crise politique. Les syndicats. Grève générale. Et illimitée. Soutien international. Intergalactique. Cour des Droits de l’Homme.

 

** Rendons hommage au bon docteur... Lagarde...

 

La Mise en Garde - 6

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