La Mise en garde (à vue) par l’Ingénu Libertaire* 1

Publié le par Christian Durand

* publié en solidarité avec le petit Nicolas, l'homme d'état l'honnête...

 

Premier épisode : L’heure du laitier

Résumé des chapitres précédents et suivants.
Tous les noms de personnes* et de lieux* sont fictifs. Toute ressemblance. Pure coïncidence.

Les faits évoqués, même les plus atroces, sont couverts par la prescription décennale depuis le 1 janvier 2010.
Pas tous, susurre l’avocat.
Youpi !

La nuit est noire. La maison est isolée. Le silence est total. Il dort profondément. De violents coups ébranlent la vieille porte en chêne. Il glisse la main sous l’oreiller. Toutes les maisons alentours ont été cambriolées. Trois jours avant, à la nuit tombée, il a surpris dans ses phares une femme garée dans le petit chemin qui va à l’église. Il n’a pas que des amis dans la région.
Il y renonce. Il se lève, se glisse derrière la porte et hurle.
Qu’est-ce que c’est.
Une voix sèche. Police. Ouvrez.
Un instant il s’habille.

A tâtons, sans faire de bruit, il branche l’éclairage radar extérieur et monte à l’étage avec la torche offerte par Serge. Par la fenêtre entr’ouverte, il aperçoit quatre hommes dans la pénombre, autour d’une voiture sombre. Il braque sa torche sur le plus grand. Une cible parfaite. Qui brandit aussitôt une carte, comme un bouclier.
Police judiciaire. Ouvrez.

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La Grand'Rue, photo Xian*

Il ouvre. Le plus grand lui présente une supposée commission rogatoire qu’il ne lui laisse pas le temps de lire. Ils sont déjà dans la cuisine, postés aux quatre portes et fenêtres. Le plus vieux - copie conforme de Jean Carmet dans Dupont-la-joie - se présente comme officier de police judiciaire à T*. la préfecture de région. Et l’informe qu’il est l’objet d’une mise en garde à vue par le juge L. *de l'ADN à thé*. A dater de ce jour, six heures trente.
Il ne comprend pas.
On va vous expliquer. Vous n’auriez pas une rallonge électrique. Merci.
Il demande à prévenir famille et bureau. Refus.
Il propose du café. Refus.
Il prépare son thé.
Pas d'objection.


Tous fument. Ils ont l'air fatigué. Levés à 4h. du matin.
Le plus petit, brun, teint mat, gros sourcils bruns, qui ressemble à Martin Scorcèse, branche un ordinateur portable sur la table de la cuisine. Il fait froid. Il est toujours en pyjama et pantoufles, les autres en veste ou blouson sport. Il demande à s’habiller. Le plus jeune, athlétique, blouson de cuir noir, le suit dans la chambre voisine. Il a la stature et la voix de Philippe M. Il roule des mécaniques à la Rambo.

Est-ce qu'il peut avoir un peu d’intimité pour s'habiller.
Non.
Pourquoi.
Parce que vous êtes en garde à vue. Garde à vue. A vue. Avec un petit ricanement.
Dés lors et pendant les trois jours qui suivent, il sera toujours sous le regard d’un policier ou d’une caméra.
C’est ça la Garde à Vue.
Mettez une tenue chaude, genre survêtement. On va vous enlevez lacets, ceinture et cravate. Presque aimable.
S’il n’avait pas ouvert.
Rambo caustique : on aurait fait intervenir une équipe spécialisée.

En passant près du téléphone il permute comme convenu le message sur le magnéto-répondeur. Le concerto n°1 de Tchaïkovski* éclate dans la maison. Emoi général. Rambo* pivote la main sous le blouson.
Ce n’est que le répondeur.
Grimaces.

Scorcèse** se met à l’ordinateur. Le plus grand qui est également le plus gradé ressemble au Baudelaire de la photo de Nadar. Visage penché, bouche amère, œil pensif. C’est lui qui mène l’interrogatoire. Ils seront désormais désignés - dans le récit - par ces surnoms. D’ailleurs il ne saura jamais leurs noms. Ils s’interpellent entre eux par leurs prénoms ou leur grade. Baudelaire* qui vient d'être promu capitaine est félicité par ses collègues.

Quels sont vos rapports avec le P.I.B.* et l’organisation* d'état* qui s’y trouve.
Aucun.
Regards mauvais. Ils deviennent nerveux. Ou font semblant.
Identité. Naissance. Vos parents. Votre famille. Profession. Vos déplacements récents.
Vos rapports avec le Pays B.*

Aucun.
Des vacances familiales, en 1950.

 

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Colt Python .747 Magnum
Photo Xian*, collection personnelle


Martin Scorcèse* sort un énorme révolver qu’il avait quelque part sous sa veste et qui le gène pour taper. Il le pose sur la table. C’est un Colt Python .747 Magnum. On en voit dans tous les feuilletons policiers. Yves Montand en brandit un maladroitement dans justement Police Python. Belmondo était beaucoup plus crédible. Tentation fugace de s'en emparer.  Ils se sont tous figés, la main à mi-hauteur. Affreux carnage. Les médias : Un universitaire en état de légitime démence abat quatre policiers innocents.

Vous y étiez récemment.
Oui. Pour des raisons professionnelles. Une conférence sur les problèmes d’eau dans la région. Invité par la responsable d’une association écologiste.
Son nom. Son adresse.
Accompagné, il va chercher son carnet d’adresse dans son bureau. Le feuillette. La nomme.
Ma Dalton*. Elle vous confirmera tout ça.
Des ricanements entendus.
Baudelaire* ressort et s’installe dans la voiture.
Ma Dalton* sera mise en garde à vue le soir même, mais c’est une habituée.
Le carnet d’adresse est confisqué et Rambo* commence à le parcourir.
On vous le rendra.
Qu’est-ce qu’on lui reproche.
On vous expliquera.
Il veut appeler son avocat. Le même que Joseph B.*
Non. Pas avant trois jours, mais on en aura terminé ce soir, quelques vérifications.

On revient sur le Pays Bas*. Il avait loué une voiture. Il avait rendez-vous dans un bar. Il a oublié le nom du village et le nom du bar.
On les lui rappelle. Il acquiesce. Il a été logé chez des amis de l’organisatrice. Ses grands-parents, il croit. Il ne se souvient plus du nom de la salle de conférence. On le lui rappelle.
Il commence à faire un jour blafard. Dupont-la joie* dit qu’il va récupérer l’autre voiture. Tu parles. Avertir l’équipe spécialisée* que tout va bien. Qu’ils peuvent rentrer à la préfecture.

Nous allons perquisitionner.
Allez-y, méfiez-vous des planchers du grenier.
Vous venez avec nous.
Un peu d’agacement dans la voix de Baudelaire*, le capitaine. Vu de prés il a la peau du visage très pale et finement striée. Les épaules voutées. La fatigue des planques et des filatures. Ou la peur du guet-apens au moment des interpellations et des perquisitions. La peur tatouée sur la peau. Les autres sont bronzés. Dupont-la-joie* fait de la mauvaise graisse.

 

La maison est immense. Quinze pièces, paliers, passages, greniers. Des placards et des alcôves partout. Ce sont trois vieilles fermes qui ont été raccordées par des passages et des escaliers. Une vraie perquisition prendrait trois jours. Ils passent près des cartons sous la couverture sans même la soulever. Ils sont visiblement déjà venus. Ce n’est pas une vraie perquisition. C’est un relevé des lieux qu’effectue laborieusement Rambo*, le jeune costaud en blouson de cuir. Un relevé au cas où.


La salle à manger dans l’ancienne étable qui a gardé son râtelier verni les impressionne.
Ah. C'est bien retapé. Merci.

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Photo Xian*

 

Il y a plusieurs milliers de livres dans la bibliothèque. Ils deviennent plus respectueux. Ou font semblant . Scorcèse pointe les livres d’art. Ah ah ! Francis Bacon*. Vous aimez. Moi aussi. Dans l’ancien cellier, il y a un atelier équipé pour tous les corps de métiers. Electricité, plomberie, menuiserie, un râtelier de vieux fusils de brocante. Ils aiment moins. Deux babyfoots. Sourires. Deux chambres au rez-de-chaussée, six à l’étage. Partout des traces d'occupation régulière.
Vous vivez seul.
C’est une maison familiale.
Famille nombreuse.
Oui.
Regards entendus.


La maison fait partie d’un hameau de quatre maisons et granges traversé par deux chemins. Un des bâtiments de ferme fait office de garage. Trois voitures. La Peugeot* et la Rodéo* jaune sont à lui, l’autre Rodéo* a été laissée par un ami* parti à l’étranger.

En réalité, la seconde Rodéo a été acheté dans la rue, rdv par téléphone, payée en liquide à une sud-africaine partie sans laisser d’adresse. Elle fait/faisait partie d’un projet. Cinématographique. La voiture, pas la fille.

Non, il n’a pas les papiers. Elle n’est pas en état de rouler. C’est une épave.
Baudelaire* remarque que tout ça ferait une excellente planque.
Prendre l'air étonné.

Nous allons vous emmener à T*. pour poursuivre l’interrogatoire.
S’il peut prendre sa voiture.
Non. On vous ramènera.
Ils ne le ramèneront pas.

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Saint M.*, le chemin de l'Eglise*, photo Xian* colorisée


Il fait jour désormais. C’est un cortège de trois voitures banalisées qui remonte vers le village*. Une première avec Baudelaire et Scorcèse. La seconde conduite par Dupont-la-joie. Rambo est à l’arrière avec le gardé à vue*. Une troisième voiture surgie de nulle part ferme la marche. L’équipe spécialisée. On ne sait jamais. S’il doit y avoir une interception, ce sera à la sortie de l’Autoroute.

Je ne vous mets pas les menottes.
Dans l'œil et le ton de Rambo un petit air de je cours vite vous n'iriez pas très loin.
Merci.
Jeune con*.

Mais dans le village, toutes les fenêtres sont entrebâillées.
Bonjour les dégâts. Déjà que.


Ca y est, c’est fait, il y avait échappé. Maintenant il y a droit. Il se rappelle les consignes des stages de résistance citoyenne, le manuel du parfait petit militant. Rester calme. Bien respirer. Ne rien dire. Ne rien signer. Ne pas copiner. Mémoriser visages et noms. Demander à voir médecin, avocat, juge, prêtre. Simuler malaise. Réclamer boisson et nourriture. Essayer de dormir.


* : pseudo. Cf. conversion pseudo/nom en annexe.
** : Martin Scorcese deviendra Nestor Burma dans les épisodes suivants.

A suivre 

 

Dans le même genre, plus gros et plus récent :
http://www.bastamag.net/article2183.html

Tarnac.jpg

 

"Tarnac delenda est... " dixit Hortefix

 

 

L'air du temps...
L'air du temps...
L'air du temps...
L'air du temps...

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Publié dans La Mise en garde

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