Le jour ou Djipé a été mis au Rencard…

Publié le par perepeinard

Nous avons reçu sous pli discret posté en Europe, le récit suivant.

Que nous avons du anonymiser.
Le cachet de la poste fait foi des turpitudes évoquées.

 

Coronaro, mon amour... par Djipé-même

  Je ne vous raconte pas les prémices, je n'en suis pas fier ! Dans le prochain épisode, peut-être… En fait les choses sérieuses débutent à l'hôpital Ducoin (très bonne ambiance, on se croirait au Club Med) le jeudi 31 janvier à 16 h : épreuve d'effort où, paf, je « sous-décale » !
ndlr - comprendre : je dessaoule…

Le cardiologue appelle son pote cardiologue au CHU du Rencard. Décision est prise : je rentre au CHU le dimanche à 16 H. J'explique que le match de ruby-con Écosse-France est justement ce jour-là à 16 h et que je ne pourrai donc entrer que vers 19 heures, au plus tard. Je perçois comme un flottement mais le professeur Alkaïda - qui je l'apprendrai plus tard est grand amateur de ruby-con – accepte que j’arrive ainsi un peu tard.

ndlr – le ruby-con – à ne pas confondre avec le Rubicon - est l’appellation du Rugby à XV, tel qu’on le pratique dans le Sud-Ouest, du coté de Tarascon et de Toulouse-con…! cf. note en bas de page... merci whiskypédia !***
Et me voici donc à Rencard. Je suis à 18h 30 en U63, service de cardiologie A du pôle cardio-vasculaire et métabolique, dont le chef est le professeur J.-M. Favela. Le sens hiérarchique et le poids de la hiérarchie sont ici énormes. Il n'est absolument pas envisageable ni admissible de ne pas placer le vocable "professeur" devant le nom propre, que ce soit par écrit ou oralement, tant ils s’en gargarisent tous. C’est bien un peu puéril et me fait sourire. Je fais remarquer que j'ai une demi-heure d'avance. Personne ne me trouve drôle.

  ndlr : mort de rire !
Je suis installé dans une chambre heureusement individuelle et pris en main. La première infirmière – risque n° 1- fait deux tentatives infructueuses pour me poser un cathéter dans le bras gauche, stresse, renonce. Sa collègue – risque n°2 - y réussit du premier coup mais dans le bras droit, ce qui est un peu moins bien, puisque l'examen - une coronarographie - est susceptible de se faire à partir de l'artère radiale du bras droit. Mon repas avait été très gentiment conservé, et on me l'a porté. C'est ainsi que j'ai pu faire deux repas ce soir-là – risque n°3 - un chez moi, un au CHU car je n'ai pas osé refuser ce dernier.

  Visite ce dimanche soir de l'un des internes qui me renseigne sur ce qui m'attend, me demande les traitements médicamenteux que je suis. Je comprendrais le lendemain qu'il confond Elizor et Ézétrol et très logiquement s’étonne que je prenne de l'Elisor en plus du Zocor, soit deux molécules de la même famille, ce qui médicalement parlant est n'importe quoi. Il reste coincé malgré mes explications. Bref, je passe, et continue à avaler du Zocor et de l'Ezetrol.

ndlr : tu avais donc le diable Zocor... - mé qué zé trol !

  Lundi, au programme : désensibilisation à l'aspirine. Heure H : une gélule de 30 mg d'aspirine, en H+1 : gélule de 75 mg, en H+3 : 300 mg et en H+4 : 500 mg. Je n'ai pas noté mais ce sont à peu près ces quantités et le timing est celui-là. Un  coursier quitte la pharmacie de Rencard pour celle du CHU de Pinpon où se trouve le labo habilité à faire ces préparations. À 12 h, retour du coursier sans les gélules. Pas de panique, un coursier doit repartir à Pinpon vers 14 h et j'apprends que vers 16 h il va avoir les gélules. Bref les gélules sont à Rencard vers 18 h et à mon chevet à 20 h 30. Ouf ! Le timing est tel que je m'endors serein et désensibilisé à 23 h 30.

Lundi matin : visite du professeur Galibier et des étudiants. Il se régale en constatant que je présente 6 facteurs de risques cardio-vasculaires. Dommage que je ne sois pas en surpoids, cela ferait 7. J’avoue que je ne suis pas arrivé à retrouver quels étaient ces 6 facteurs. En m’appliquant j’arrive à 5. Ce qui est honorable.

Ndlr ! Allons allons, tu veux que je te les rappelle tes facteurs de risques ? la plupart étaient blondes…  !
À midi, ce lundi-là, je me dis que ce serait mieux d'aller manger en ville plutôt qu'ici. Panique à bord : on n'a d'autorisation de sortie que pour 48 heures. Pas pour 2 heures. Ok, j'obtempère. Lors de sa visite le professeur Elkaïda m'annonce que je serai dans le peloton de tête des examinés et donc en salle d'examen mardi en début de matinée. C'est pourquoi je suis sur la table d'examen à 12 h 30. L’examen q montre un problème à la coronaire droite ce qui pousse le professeur Elkaïda à intervenir, dilater la coronaire et poser un stent.

  Retour vers 14 h 30 à la chambre avec permission de me lever le soir à partir de 21 h. Rassurez-vous je n'en ai rien fait et j'ai attendu le lendemain matin pour me lever. Interdiction des infirmières qui veulent que j'attende 14 heures. Comme j'ai 6 électrodes me reliant au moniteur je décide de débrancher l'appareil. Panique. C'est l'infirmière qui le fait. Pour 5 minutes.

  Mercredi : décision de me faire rester jusqu'à jeudi matin. Puis, réflexion faite, je ne devrai sortir qu'à 15 h. Pourquoi ? Parce que la secrétaire aura plus de temps pour taper l'ordonnance et le courrier. Manque de personnel sans doute mais dur à avaler quand on pense au coût de la journée en CHU.

  Jeudi matin, jour de sortie, je décide de faire la fête- risque n°4 : au petit déjeuner je demande une part supplémentaire de beurre. Niet, il n'y a pas de rab de beurre. Je négocie avec la patiente de la chambre voisine – risque n°5 - et j’échange ma confiture contre son beurre. Je n'aurai perdu que 10 % de mon poids pendant ces trois jours. Grâce au beurre.  Et ndlr : Et à un dernier tango…

  À 11 heures passage de l'interne, nous parlons de la suite : hygiène de vie, médicaments, contrôles, précautions. Je suis interdit de vélo pendant un mois, de randonnée en montagne pendant trois mois et autorisé à faire mon heure de marche le jour même. En foi de quoi je lui demande l'autorisation d'assister à un concert le soir même, orchestre de chambre de Toulouse, dans lequel je ne joue pas (!), d'aller à Bilbao la semaine suivante et enfin de me faire enlever le cathéter car je vais aller manger en bas au snack du CHU.- risque n°6… Je sens un peu de surprise chez l'interne mais j'ai les autorisations.

  À 12h 30 : j'ai encore mon cathéter. Qu'à cela ne tienne je prends ma tenue de camouflage, je descends et, incognito puisque je n'ai pas l'autorisation de 48 heures d'absence, je fais le mur pour aller au restaurant à côté de l'hôpital avec le secret espoir d'y rencontrer l'un de mes soignants. Je lui aurais raconté.

  Pour finir le professeur Elkaïda me dit tout le contraire de son interne, devient tout rouge quand je lui parle du concert. L'ordonnance que j'ai eue n'est pas du tout celle de l'interne, Je dois faire une épreuve d'effort dans 2 mois et pas dans 6. Je ne pourrai aller à Bilbao que dans 1 mois. Je sais ce que je ne dois pas faire mais pas ce que je peux faire.

  Le professeur Elkaïda est coléreux,  sympathique, cultivé (peinture, musique, urbanisme, etc..), sportif, amateur de ski-bar, disponible, assez mauvais en anglais. Il a plus joué pour moi le rôle de plombier de très haut niveau que de médecin. Ça tombe bien puisque j'avais plus besoin d'un bon plombier que d'un médecin et vous savez comme moi qu'un bon plombier c'est pas facile à trouver.

  Dans l'ensemble sentiment d'incohérence sur le plan médical, d'absence d'empathie, de parfois surcharge de travail pour le personnel. Ce qui est intéressant c'est que je ne suis pas mort alors qu'avec 6 facteurs de risque le professeur Galibier avait l'air de penser que je devrais l'être. Vraiment faut avoir la santé !


Djipé-même


*** Le terme rugby fait référence à une famille de sports collectifs qui est née au XIXème siècle. Aujourd'hui, le terme peut désigner l'une de ses variantes :

 

Publié dans Eco - bio et Gastro

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