Les Colonnies

Publié le par Françoise Satta

 par Françoise D.S. de Ceyreste

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What are you afraid of ?

Françoise Semiramoth, Marseille

 

Dans le quartier du Panier, pas loin de la place de Lenche, je crois, il y a un bar qui s’appelle Bar des Colonnies. C’est la preuve écrite qu’on ne peut employer ce mot sans fauter. Car Colonnies est un gros mot, enflé de l’arrogance des colonisateurs à gros ventre, un mot plein de pattes comme une vermine qui se répand et se nourrit de la misère.


Pourtant, je le confesse, il a existé pour moi le joyeux temps des colonies. Quand mon père naviguait à bord des bananiers. L’Afrique alors mûrissait dans ma cave. Au milieu des vieilles valises, entre le landau qui pouvait toujours servir et des pneus de rechange, au sous-sol d’une maison bourgeoise, dans un quartier respectable, mon père entreposait des régimes de bananes.


De grosses mains aux doigts recourbés, qui étaient verts d’abord, puis jaune éclatant. Si l’on attendait trop longtemps, le jaune se tachait de noir. Mais c’était à ce stade atteint que la cave sentait l’Afrique : une odeur dense et douceâtre que je n’arrive pas à retrouver. Les bananes n’ont plus d’odeur. Quand elles étaient arrivées à un état trop avancé de maturation, on les mangeait écrasées avec du sucre. Est-ce pour cette raison que j’en suis aujourd’hui écœurée ?

Ou bien est-ce à cause des colonies ?


Et puis, il y avait le café. Je ne me souviens pas avoir vu le café, mais le petit appareil qui s’ouvrait comme un bureau à enrouleur miniature dans lequel mon père grillait le café, de lui, je me souviens. De l’odeur aussi. Aucun café n’a eu un goût équivalent à cette odeur. Seul me la rappelle le goût de la charcuterie fumée : du lonzo corse par exemple.


A La Joliette, il n’y a plus de bananiers en partance. Rien que des grands ferries blancs qui vont de l’autre côté. Sur les ponts passagers, les touristes errent de bar en bar,  attendant les heures de repas, tandis que ceux qui retournent au pays ou qui à nouveau s’en exilent occupent les fauteuils au milieu des sacs en plastique rayé rouge et bleu. Ils attendent l’heure de l’arrivée. En bas dans ce qu’on nommait la cale, là où étaient les bananes, attendent les voitures et les camions et ça pue le gas-oil.


Mais je ne regrette pas le temps des colonies. Marseille s’enivre toujours des odeurs de l’ailleurs ; celle du thé à la menthe de la pâtisserie orientale de la Porte d’Aix ou celle des épices et du pain, tout au long de la rue Longue.

 

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Françoise sémiramoth, Marseille, photo xian.

Cartes de vœux des colonnies...
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