Les crapauds

Publié le par Le Père Peinard

 Texte reçu sous pli discret posté à La Ciotat.

L'auteur ou l'auteuse... est prié(e) de se faire connaître.*

Forte récompense.

 

* On a retrouvé l'autheureuse : Martine de la Ciotat, bien connue de nos lecteurs...

Pas de récompense...

 

Blup…Blup…Blup…

Des bulles jaunâtres parsemaient la surface de la mare fangeuse dans laquelle les membres du groupe s’ébattaient joyeusement. Le guide leur avait vanté les propriétés curatives, connues depuis l’Antiquité, de ces boues sulfatées et ils s’en badigeonnaient consciencieusement l’un l’autre avant de se vautrer dans le mélange marron en poussant de petits cris. « Attention, pas les yeux, mais tout le reste, vous pouvez ».


Depuis la rive, l’homme chercha du regard celle qu’il avait repérée sur le bateau, il  avait même commencé à lui jeter quelques uns de ses sourires à la Georges Clooney auxquels elle ne semblait pas indifférente. A vrai dire, il n’avait accepté de se joindre à cette excursion que pour la contempler en maillot de bain, histoire de voir si ça valait la peine de continuer le jeu. Mais impossible de reconnaître de loin qui que ce soit parmi les êtres pataugeant dans ce cloaque. Tout ce qu’il distinguait, c’était des têtes hilares d’où ressortaient des yeux globuleux, et des membres informes qui s’agitaient en lui faisant de grands signes pour qu’il les rejoigne. Des animaux, pensa-il, des crapauds buffles dégoûtants…


Il s’avança un peu, enleva sa chemise et ses sandales, posa avec soin ses Rayban à côté, roula prudemment le bas de son pantalon de toile, et condescendit à faire encore quelques pas pour mettre les pieds dans cette glaise molle. Les bulles s’infiltraient entre ses orteils, il s’efforça de chercher dans leur reflet irisé une trace de beauté, mais elles crevaient rapidement, empuantissant l’air de vapeurs soufrées qui lui rappelaient les inhalations de son enfance. Plongé dans ses souvenirs, il vit un peu trop tard le danger arriver.


Le danger, c’était Momo, l’affreux gamin qui lui avait déjà gâché une partie du voyage. D’ailleurs, il se demandait quel plaisir les parents pouvaient bien avoir à traîner leurs mômes en vacances, surtout celui-là. Il l’avait surnommé Momo pour les faire râler, parce que  Momo, ça fait arabe, alors que Morgan, son vrai prénom, ça fait américain. Momo donc s’avançait vers lui déguisé en indien, le menaçant de ses pattes gluantes, le regard rempli de mauvaises intentions.

Il tenta quelques pas sur le côté pour l’éviter, mais le sol se déroba sous lui, il battit des bras et s’affala de tout son long, et tous les crapauds coassaient bruyamment - Il est des nôôôtres, il est dans la boue comme les ôôôtres- Il voulut se relever, mais glissa et s’enfonça encore plus profond, cerné maintenant par les bulles, affolé, il voulut hurler, mais de sa bouche salie seul un bruit ignoble sortit, et il comprit avec terreur que lui aussi à présent était métamorphosé en batracien pustuleux.


C’est alors qu’il l’aperçut, à quelques mètres de lui seulement, princesse crapaude qui battait des pattes et semblait diriger le chant de ses congénères, il la reconnut à ses yeux  clairs qui tranchaient sur le marron ambiant, et il rampa vers elle. C’était sa seule chance. Il parvint à sa hauteur, releva la tête avec peine, et, surmontant son dégoût, colla ses lèvres au siennes dans un long baiser de cinéma, en espérant ainsi redevenir humain.

 

Pour en savoir plus :

http://www.perepeinard.fr/article-vous-zici-je-vous-croyais-zozo-1-105439472.html

Publié dans Atelier écriture

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