Les jumeaux des sombres cieux, par Michel Cordier

Publié le par Le Père Peinard

les Aveugles, par Charles Baudelaire

 

Enchaîné au plafond soutenu par de vénérables solives, le lustre, une ancienne roue de charroi, portait ses traditionnelles lampes-bougies en sommeil. Des deux hautes fenêtres, une clarté diffuse s’alanguissait sur un épais tapis du Cachemire. Là, au centre de la lueur, deux coussins et deux enfants assis en tailleur, face à face, les mains jointes sur de doux sourires… et… la fin du silence

 

-        (le garçon) Il était une fois le Prince et la Princesse…

-        (la fille) Ils vivaient en un lieu immense, qu’eux deux…

-        Leur vie ? Aménager le Royaume !

-        Qui est tout de douceur, fluide, rugueux, collant…

-        Comme les sols, les murs ou les tables de repas parsemées de surprises…

-        Ils ont construit l’espace selon le lieu…

-        Et même que ce royaume chante son écho…

-        Et même que ce royaume se goutte de mille et une saveurs…

-        Et même que ce royaume ressent les sons…

-        Tout est là !

-        La vie de ceux d’ici… le Peuple d’Harmonie !

-        Ils vivent au calme et sourient…

-        Leurs bras, leurs mains… comme des ailes…

-        Qui effleurent les cristaux des plafonds…

-        Alors, les chemins chantent leurs mouvements…

-        Mais chacun y ajoute sa mélodie…

-        Et diffuse son parfum…

-        Lisse son passage de douceur…

-        De chaleur aux instants de colère…

-        De larmes tièdes en temps de peine…

-        D’éclats de rire de joie dans les voûtes…

-        C’est ainsi !

-        Oui, c’est ainsi !

-        Le royaume vécu mille ans d’aménagements…

-        Et mille ans encore d’harmonie…

-        Et vogua à la fin des temps vers l’Eternité…

-        D’un son merveilleux…

-        D’une odeur universelle…

-        D’une texture parfaite…

 

Alors les deux enfants sourirent, se levèrent, les mains nouées et sortirent sans un bruit comme la timide brise d’un matin de printemps…

 

De l’ombre vinrent des paroles de grands

-        Drôle d’histoire !

-        C’est leur histoire…

-        L’histoire d’une vie ?

-        Ils sont aveugles…

 

Publié dans Corderie en Barousse

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