Pat Joe 1

Publié le par perepeinard

Pat Joe, autopsie d’une croisière côtière

 

            Tous les personnages et les évènements sont authentiques. Pour des raisons éthiques, les noms et prénoms ont été modifiés, mais quelques indices subtils permettront à nos habi­tués d’identifier les protagonistes de ce drame moderne en douze tableaux et quelques intermèdes.

 

A nous l’aventure ! Sète 2007

 


 

Il y avait la cagole et le kakou, les nunuches et les neuneus, on se souvient du pèc du vil­lage pyrénéen, on a adoré Forest Gump, il reste quelques Pieds nickelés dans le bâtiment, mais il  faut désormais compter avec le "patcho". Il sévit dans le port de Sète. Il habite sur le bateau dont il est propriétaire : le Pat Joe d’où l’appellation familière. C’est un ancien moni­teur des Glénans, gage de sérieux, de compétence, d’austérité. Il propose des places d’équipier pour des croisières d’une semaine ou plus si affinités, pour un prix attractif.

            Le bateau est un Maramu de chez Amel, un ketch de 14 mètres au cockpit bien abrité où sont renvoyés toutes les manœuvres sauf la drisse de grand-voile. Le foc à enrouleur et le guindeau de l’ancre sont commandés par un boîtier électrique branché au tableau de bord. Devant la barre à roue on trouve la poignée de gaz, le compas magnétique, les capteurs de girouette et d’anémomètre, le loch, la sonde ainsi qu’un branchement pour un gps (global position­ning system, relié à un réseau de satellites américains) qui détermine la position du bateau à quelques mètres près.

            Le bateau est en très bon état. Les équipiers disposeront de la cabine avant avec dou­che et toilette. Le carré est immense. Le skipper est cordial. Début juillet, nous convenons par télé­phone d’une croisière-stage d’une semaine à la mi-juillet. Un tarif réduit de 10% est pro­posé pour un couple. La caisse de bord est alimentée par les équipiers qui gèrent tous les consom­mables (nourriture, frais de port, gazole). Le skipper souhaite disposer de céréales, de déca, de fruits secs, de barres énergétiques. Une bouteille de rhum sera la bienvenue. Les équi­piers doivent avoir des chaussures de pont et l’équipement habituel des stages de voile. Un acompte du tiers est versé. Rendez-vous est pris pour un départ lundi matin. Il est convenu que l’embarquement des provisions se fera dimanche soir vers 18h et que les équipiers pour­ront dormir à bord ce soir-là.

 

 

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Pat Joe, Sète, 2007

 

            Entre-temps, à la faveur d’une visite pour assister au départ de la croisière précédente, il apparait qu’il y aura un chien à bord, comme en témoigne matelas et couverture sur le roof arrière, gamelle et seau d’eau dans un coin du cockpit. Le chien, une sombre bâtarde nommée Fanny : elle parait amicale et tranquille. Il est précisé qu’elle ne fait pipi et caca qu’à quai. Et qu’en mer elle ne boit ni ne mange. Il faudra donc toucher terre une ou deux fois par jour. En cas de mouillage en rade foraine, une annexe motorisée permet de la conduire à terre. Ces contrain­tes sont acceptées et il est même précisé que l’équipière adore les animaux. On  ne verra jamais l’annexe et on ne trouvera jamais le mélange à 1% qui permettrait d’utiliser le moteur hors-bord.

            Le dimanche convenu, le rendez-vous est confirmé et les équipiers quittent La Ciotat à l’heure convenable. En cours de route, un appel destiné à affiner le rendez-vous nous avertit que le bateau n’est pas prêt, la jeune personne pressentie pour faire le ménage en échange de la croisière ayant fait défection. Heureusement un ami toulousain est venu aider à la manoeu­vre. Il est convenu de gagner le bord plus tard, pour l’apéro.

            Deux ou trois apéros plus tard, il est trop tard pour cuisiner et la soirée s’achève au Skipper chez Zaza, où notre Patcho est reçu comme un ami de la famille. La patronne est volu­bile, Fanny va roder dans les cuisines, la serveuse Cassandre, agréable liane rieuse, vient s’asseoir à notre table et me conseille la formule à 10 euros, plus avantageuse. Elle fait le ser­vice en dansant et en chantant et je lui propose le foulard que ma compagne venait de m’offrir en Aigues-Mortes. La cuisine est bonne, le vin coule à flots, au frais de la caisse de bord.

Entre la poire et le fromage, Patcho me demande timidement un petit service. Il fau­drait l’accompagner demain matin déposer sa voiture pour une révision à Mireval à une ving­taine de kilomètres. Martine pourrait en profiter pour compléter les courses en produits frais. No problèmo. Le bord est regagné vers une heure du matin. La mer appartient à ceux qui se lèvent tôt.

 

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Fanny, prête à larguer les haussières

 

            La nuit est bonne, troublée seulement par les daurades qui grignotent les moules sur les pendilles, ces fins cordages qui permettent de récupérer les haussières du coffre à l’arrivée. Petit déjeuner rapide et matinal, puis direction Mireval, concession Mercedes. Nous patien­tons pour l’ouverture des ponts levants qui ponctuent les canaux de Sète. Un accident nous retient à l’entrée de Mireval. Le chef d’atelier tourne autour de la voiture pendant une bonne demi-heure tandis que je garde Fanny. Retour vers midi. Les sandwichs sont prêts. Mais nous convenons de pique-niquer à quai. On partira vers une heure. Visite du bateau. Préparation du départ. Chauffage du moteur. Enlever et ranger les thaus (étuis) des voiles.

Il y a certes radio, téléphone, internet à bord. Mais il faut justement aller lire le bulle­tin météo de la veille affiché sur la capitainerie à l’autre bout du port.  Ca fera une balade pour Fanny. Au retour, un futur client attend. Conciliabule, négociation, rendez-vous. Il y a quatre haussiè­res (cordages d’amarrage), deux à l’avant, deux à l’arrière. Division du travail. Un dernier petit tour à terre pour Fanny qui musarde pendant que Patcho blague avec les Blacks qui draguent depuis un magnifique Dufour tout neuf  à proximité.

@suivre ! : Pat Joe 2

Publié dans Croisière du Pat Joe

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