Pat Joe 2

Publié le par perepeinard

            Vers dix-sept heures : larguez les amarres. Quelle émotion ! Patcho à la barre donne du gaz. Mais le bateau n’avance pas et se met en travers. Panique à bord. Putain de bordel de merde l’aussière arrière. Non, c’est moi qui l’ait larguée, elle est sur le pont, je vois, c’est une pendille qui est restée frappée (attachée) sur la filière au maître-bau (le milieu du bateau). Le nœud s’est souqué (serré) sous la tension. Il accepte de se défaire. Le bateau libéré quitte le quai. L’important avec un Maramu c’est de partir et d’arriver sans le moindre défaut. La pen­dille a du être fixée par un skipper inquiet de la prendre dans l’hélice. Il n’y aura pas de cour martiale. Pour ce coup-ci.

 

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Fais gaffe aux silos, ils sont prioritaires…

 

            Les môles, digues, phares et balises, sont arrondis sans incident. A nous le grand large. La mer est formée, le vent est plutôt portant vers le Sud, l’Espagne, le Cap Creus, Cadaquès ! Cap au Sud. Ca roule et ça tangue, rock and roll, il y a même du lacet, le bateau qui oscille autour de l’axe du grand mat. La barre est dure, le cap difficile à tenir, le vent mollit, les voi­les faseyent (se froissent bruyamment). Putain de bordel de merde, ça me détruit le bateau. Moteur, voiles bordées à mort dans l’axe. Direction Cap d’Agde, à dix milles, en évitant les cardinales qui délimitent les zones de pêche interdites à la navigation.

            Il y a toujours un enfoiré d’équipier qui se tient dans la descente, avait prophétisé le Patcho lors de la visite du bateau. Le seul endroit où je peux être debout  à l’abri du vent, c’est la descente. Je m’y installe pour rester vertical et lutter ainsi contre le mal de mer. Fixer l’horizon et synchroniser sa respiration avec les mouvements du bateau. Inspirer quand il des­cend, expirer quand il remonte. Patcho me bouscule deux ou trois fois pour aller à la table à carte. Je lui explique qu’il suffit de me taper sur l’épaule pour que je dégage le passage. Mais je m’aperçois bientôt que j’occupe la place de Fanny qui me lèche avec insistance. Je ne suis déjà pas très bisou avec les humains. Deux ou trois taloches du pied sur le museau la freine­ront sans la dissuader. Arrivée à 22 heures au Camp de concentration du Cap d’Agde. Cent mille vacanciers, cinquante mille naturistes. Quelle émotion. Quelle fatigue. Dîner tardif.

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Cap d'Agde, zone demi-naturiste...


            Les chaussures de pont ont été inspectées. Les miennes sont recalées. Je les remplace par des sandales de planche à voile. Patcho me met sous le nez un morceau des dites sandales qui se désagrègent. Direction la zone technique, les shipchandlers et les mocassins à 150 euros. Heureusement mon équipière a repéré une boutique où je trouve les mêmes chaussures que chez Décathlon, trois fois plus chères. Patcho arpente la zone technique à la recherche d’ampoules led qui consomme dix fois moins. Au coin du quai je tombe sur un Lucien Tergal rutilant, cravate et attaché-case. Je l’avais laissé moribond sur sa barge l’année d’avant. Il commercialise des pompes à chaleur et traficote des bateaux. On cause, on cause, le temps passe. Patcho est reparti dans la zone technique changer les ampoules led trop longues. Départ à seize heures. Il faut aller à la nouvelle capitainerie à la sortie du port pour récupérer les papiers du bateau. Patcho se présente à l’appontement de la station service devant la capitaine­rie. Le pompiste le refoule. Putain de bordel de merde, port de merde, viens me dire ça si tu l’oses, je t’emmerde, casse-toi connard, putain de vacanciers, ta gueule connard, enfoiré.

 

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Permission de monter à bord ? Gruissan

 

            Les moniteurs des Glénans sont querelleurs. Ils sont buveurs, fumeurs, bruyants. Ils traversent les zones de pêche, accostent à la voile, arrivent tard et repartent tôt pour ne pas payer les taxes de port, ils réclament lecture des textes quand on les verbalise. Ils sont universelle­ment détestés et sont parqués dans les coins les plus insalubres des ports. Près des pou­belles, loin des commerces.

            Quelques seniors calment le pompiste qui passe sa journée à refouler les plaisanciers. Ils nous indiquent l’accueil et nous aident à accoster. Patcho déteste qu’on l’aide à accoster.  Les vents portent au Sud. Mon équipière souhaite se baigner et Patcho envisage de lui faire caréner la coque qui traîne cent kilos de moules. On arrondit une bouée des trois cent mètres à l’aplomb du Grau d’Agde. L’ancre est jetée. Un zodiac s’approche, deux beach boys assermen­tés à bord. Putain de bordel de merde. Les règles de navigation sont exhibées. On peut mouiller au-delà de la limite des trois cent mètres. Le beach boy en chef ricane. La bouée s’est déplacée, vous voyez bien que vous êtes à cinquante mètres de la plage. On le voit bien. L’ancre remonte la queue basse, putain de bordel de merde reste bien dans l’axe, ce guindeau consomme quinze ampères. La brise retombe comme tous les soirs. Pas assez de vent, les voi­les faseyent putain de bordel de merde ça me détruit le bateau. Cap sur Gruissan au moteur.

 

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Les Gl(én)ans. Les Onglous 2000

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Publié dans Croisière du Pat Joe

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