Pat Joe 3

Publié le par perepeinard

Pat Joe 1   

Pat Joe 2          

 

La ligne à la traîne qui doit nous fournir en maquereaux grâce à la planchette japonaise est mise à l’eau. Elle est enroulée autour d’un cadre en bois. Il faut la rincer après cha­que usage. Un cordage mouillé se raccourcit. Le cadre a fini par exploser. La ligne s’emmêle. Putain de bordel de merde, qui ne s’adresse à personne en particulier mais à tous les équipiers en général. S’il ne sait pas pourquoi, eux le savent.

           
L’équipière est à la barre. Une cardinale Ouest indique un danger à l’Ouest. Si l’on vient du Nord il convient de la laisser à tribord. Les sanctions ne sont pas précisées. A la hau­teur de Port La Nouvelle, un chenal protége l’entrée des cargos. Une cardinale Ouest signale la présence de coffres d’amarrage pour les pétroliers. Ils sont parfaitement visibles. Patcho est à la table à carte. J’invite la barreuse à continuer tout droit. Patcho remonte. Il voit la cardi­nale à bâbord. J’en prends la responsabilité. Putain de bordel de merde, cour martiale. Pas de mouillage, pas de baignade.


CIMG0033-copie-1.JPG
Entrée tardive à Gruissan

Réveil matinal. Coup de vent, forte dépression sur les Iles Baléares. On reste à quai. Courses, baignade, sieste, réparation de la traîne, internet à la capitaine­rie, je l’aide à ouvrir sa boite aux lettres pour d’éventuels clients, il n’y a que des propositions de rencontres galantes. Demain on part tôt. Youpi. Permission de monter à bord ?

           
Le lendemain, il faut démêler la traîne à quai. Malheur à la vacancière solitaire qui passe avec un chien. Le patcho est dragueur. Il y avait une dame à bord à la première ren­contre. Elle bénéficie d’un forfait qui lui permet de téléphoner une heure par jour à un correspon­dant choisi pendant tout le mois de juillet. Elle ne s’en prive pas. Pour des échanges de banalités dont nous profiteront et qui retardent d’autant les manoeuvres. Un soir le ton monte, il explique que nous allons « atterrir », elle conteste ce terme et propose « amerrir ». Longue polémique.

 tartelette amandinetartelette amandine

Les sandwichs sont prêts

On pique-niquera en mer. Une dernière ballade pour Fanny qui ne sait nitartelette amandine monter ni descendre du bateau sans la passerelle dont la mise en place prend une demi-heure. Je suggère de modifier les filières pour lui aménager une sorte de chatière. L’idée est accueillie avec enthousiasme. Je propose de remettre à plus tard sa réalisation. Sauvé par l’appel d’une autre dame à qui est proposé un rendez-vous à Port Leucate, plus au sud à por­tée de pédalo de Gruissan. Haussière en double, on largue les amarres, cap au sud, le vent faiblit, putain de bordel de merde, on borde les voiles, entrée au moteur.

 

CIMG0045.JPG

 

La Corniche Sauvage à Sète. La crique de l'Anau. Cf. plus bas...


La dame arrive à l’heure. Avec un melon et une bouteille de vin. C’est la psychologue d’un service d’urgence. Grande, mince, sympathique, le regard sombre parfois. Soirée agréa­ble. Elle ne reste pas à bord. Patcho s’épanche, c’est la femme de sa vie. Mais elle fait une tête de plus que lui qui est de taille moyenne. Elle lui a dit gentiment que c’était un empêchement majeur.

Il a eu une enfance très malheureuse. Fils de militaire, bientôt orphelin, enfant battu, au travail à douze ans, mère dominatrice qui lui reproche de baiser toutes les putains du quar­tier, il a travaillé « pour la défense nationale » comme personnel civil sur une base militaire. Il a obtenu le financement d’une formation à la navigation de plaisance mais n’a pas obtenu le diplôme qui lui permettrait d’en faire profession. Il a revendu la maison inachevée qu’il construi­sait dans les Alpes et vient d’acheter ce bateau sur lequel il habite. C’est son capital-retraite. L’hiver, il travaille dans le transport routier.

Capitainerie.jpg

Belle bastaque !

Il est temps de rentrer. Amarré près de la sortie, on quitte le port sans payer la taxe. Une vedette de gendarmerie nous suit putain de bordel de merde, me dis-je intérieurement. A la sortie du chenal nous partons sur bâbord, la vedette sur tribord. Le vent est faible, retour au moteur. Le lendemain, c’est le bon vent portant 4 à 5 Beaufort. Youpi. Un dernier pipi pour Fanny à qui j’ai appris à monter à bord toute seule. Du coup dans ses va-et-vient, elle a salopé le bateau. Il faut le nettoyer, jet et balai. A bord il y a ordinateur, internet, gps, radar, radio VHF, panneau solaire, éolienne.

ail-phone piégé !

Rien ne marche...

En tout cas nous n’en méritons pas la démonstra­tion. Sauf la chaîne hifi qui crache volontiers de la musique disco à fond la caisse. Mais c’est justement le moment de connecter gps et ordinateur pour tracer notre route sur l’écran grâce aux banques de cartes du monde entier. Sauf la région où nous sommes. Une heure de vaines tentatives se heurte à la simple évidence qu’il manque le logiciel qui pilote les rela­tions entre gps et ordina­teur. Un dernier pipi, seize heures, on large les amarres, l’équipière à la barre. L’équipier épuisé se réfugie dans une sieste réparatrice. Sur le pont, trois virements vent arrière (empannage) mettent le bateau sur le bon cap au risque de le détruire bordel de merde. On rentre d’un seul bord finement calculé par le gps.


Course bord à bord avec le Belem.

belem Mutti


Hélas, mauvais cap, une cardinale barre la route, il faut remonter au près, le bateau gîte, le gréement gémit, le chien s’affole, Patcho prend rageusement la barre passera passera pas ça passe pas putain de bordel de merde il faut mordre la zone de pêche de cinquante pieds marins putain de bordel de merde. Le ciel se couvre, un grain nous poursuit, ça va nous mouiller les voiles, le grain nous rattrape à l’entrée de Sète. Nous dépasse. Les voiles mouillées ne faseyent pas. Entrée à la voile dans le port comme au bon vieux temps, sous le soleil revenu. Gloria in excelsis déo et apothéose, tout est pardonné. Hélas la place est prise putain de bordel de merde. Téléphone, capitainerie, quai d’Alger derrière l’énorme cata d’Ifremer.


 

CIMG0043Il faut faire sécher les voiles. Allons enfin mouiller dans la crique de l’Anau, au pied de La Corniche. C’est là que j’habite, à cent brasses du port. Pendant ce temps-là, Cammas a traversé l’Atlantique en quatre jours. Baignade, carénage sauvage à la raclette, ne défonce pas la coque putain de bordel de merde, kilos de moules au gazole, eau trop froide, fatigue, malaise. Retour au point de départ. Plus jamais ça.






A table !

Moules au mazout...




Patrick Borg nous conseille la lecture de La ruée vers l'eau de Gérard Borg. Merci.

Publié dans Croisière du Pat Joe

Commenter cet article