Pensées sauvages par Michel Cordier

Publié le par perepeinard

Clic, bip, bip, bip… Je – n’y – crois – pas !
Il ne comprend vraiment pas le type ; encore un crâne d’obtus et c’est pour moi ! Respire trois fois et arrête l’incendie de colère. Ce n’est pas toi qui dois être atomisé. Recherche d’air, les chaussures et le lacet qui me reste dans les mains, je rêve. Il me faut de l’eau, le sac et le bâton puis attaquer une pente bien raide : le col et la « falaise des douleurs ».

 

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Photos Michel Cordier


Les pierres du sentier portent l’écho d’un rythme nerveux. Le regard rivé à un mètre cinquante ne perçoit plus qu’un ruban sinueux. Une heure de marche apporte son quota de fatigue, de sueur et de soif. La pause est vite expédiée, mal assis, sous un regard froid, dur, la forêt est lugubre. N’ayant plus rien à faire ici, les jambes arpentent à nouveau la sente encombrée d’épines de ronces, d’églantiers, de tiques au revers des fougères. Il n’est pas inutile de jouer du bâton au rythme cadencé des pas. Le col est tristou, l’herbe rase supporte quatre fleurs qui pleurent leur solitude. Le chemin de crête menace de déchiqueter les passagers du ciel de crocs minéraux. La brume prend possession des lieux.

Enfin la falaise fantomatique érige sa masse calcaire. Bien en face, je hurle ma colère, mes douleurs, mon hypothétique revanche. L’écho venu de tous côtés me nargue aigrement de mots qui me paraissent creux. La colère tombe dans le vide, l’espace, une ravine de conscience…


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Mystérieuse Barousse...


Quand les larmes de l’âme remontent avec la brume, le soleil et le sourire percent timidement. Pourquoi taper dans un mur gris, apparemment uniforme alors que deux rayons de lumière révèlent les failles de la falaise ? Face à l’impasse, de guerre lasse, je découvre un passage, une voie, une conciliation. Attention, les prises sont humides, fuyantes, les idées floues. Écarte-toi du rocher, trouve le chemin pas à pas ! La pierre propose un passage vers la sortie ; les idées portent des moyens vers l’objectif.

Au sommet, la lumière est là ! Je suis las aussi : une pause, la vraie. Ce panorama dans un contexte de haute lutte ressemble de près à la cerise sur le gâteau. Les arêtes sont nettes, la profondeur attire mais l’idée reste floue…
Oups, j’ai dû m’endormir – le soleil aussi. Éclat de rire : on fait dans les grandes largeurs ces temps-ci ! Je n’ai pas envie de redescendre, la vie devrait s’arrêter mais… s’arrêter juste sur une nuit en montagne, passe encore ; une nuit de l’esprit, que nenni.

Bien sûr, demain je redescendrai. Le petit jour sera frais, humide, idéal pour marcher. Il y a la source, un pin à proximité et l’assurance d’une nuit par étapes, jalonnée de regards vers le ciel. La brume sera-t-elle assez dense pour libérer la bruine ? Quelques lumineuses idées perceront-elles mes ténèbres ? Au cœur de la nuit, les braises tapies entre les pierres de l’incompréhension, des divergences de points de vue, des obligations, des formalités administratives se feront discrètes. Et enfin, comme d’habitude, une solution informelle émergera avec la danse des étoiles, en une représentation bifide d’une nouvelle constellation baptisée : « miroir de l’humanité ».
À l’aube, la forme et les détails prendront corps, en chemin…

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Michel Cordier 2007 pour jlje.org

 

RESONANCES... par Michel Cordier


Qui est Michel ?

Réponse de l'intéressé en forme de haïku :

En mots comme en notes
Voilà ce que j'ai trouvé
Un bonheur partagé

 



Saint Bertrand de Comminges


En disant… par Christian Durand

Publié dans Corderie en Barousse

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