Pourquoi la Grèce ne va pas s’en sortir…

Publié le par perepeinard

Pourquoi la Grèce ne va pas s’en sortir…

Publié le 17 avril 2012 par mikael sur www.mlaclau.com

 

Spécial copinage : Le Grand Plan


En tout cas pas comme elle est partie pour l’instant.

Il y a décidément des sujets tabous dans cette campagne. Et si l’on en juge par le barouf médiatique que la question de la dette souveraine hellène pouvait provoquer il y a seulement quelques mois, le sujet devait être d’importance. On était donc en droit d’attendre qu’il s’invitât avec insistance dans le débat pour la présidentielle.


Las ! Parler de la dette grecque, c’est parler aussi de la dette française et c’est un sujet où, comme dans beaucoup de sujets économiques, nos leaders politiques ne sont pas très à l’aise, c’est le moins que l’on puisse dire… Il est vrai que de façon générale ce débat politique est très franco-français, j’ai déjà insisté sur l’absence des questions internationales et des relations diplomatiques. On peut être gré à Mr. Mélenchon de se positionner clairement sur l’appartenance de la France aux dispositifs militaires et politiques de l’OTAN en proposant un retrait complet et rapide ; cela devra nous tenir lieu de débat sur les questions internationales.

 

Sorti de cela, il semblerait que le temps soit plutôt à la prudence. Les candidats semblent soucieux pour se démarquer de Sarkozy de ne pas paraître promettre des choses qu’ils ne sauraient tenir. Dans ce concours de lucidité, la palme revient sans conteste au candidat du NPA, P. Poutou, qui avouait sans ambages à la question : « Que se passerait-il si vous étiez président ? » ; « Je serai bien dans la m…. ». Et dans le prolongement de cet aveu désarmant de sincérité, les aspirants et aspirantes à la présidence se cantonnent à des postures classiques ou évasives. Pour ou contre l’austérité et pour ou contre la relance par la demande.


On se garde bien d’ailleurs d’aborder trop frontalement les conséquences de ces positions : le coût politique d’une austérité en France ou la nécessité de sortir de nombres de dispositifs européens pour mener à bien les politiques de relance par la consommation. Une fois de plus, la raison de ce grand flou artistique est la peur de ne pouvoir rien faire en réalité, une fois arrivé au pouvoir. Du coup, on élude prudemment par exemple la question de la Grèce, entre autres petits soucis économico-financiers du moment. On s’abrite pour cela derrière le protocole d’accord qui est intervenu, finalement devrait-on dire, après des mois d’un feuilleton haletant où les épisodes ont été forts instructifs : déni du gouvernement de décider pour son peuple, nomination d’un nouveau premier ministre par les marchés, le tout saupoudré d’émeutes bien entendu. Voire même, à l’instar du quotidien Le Monde , on s’en réjouit comme s’il s’agissait de L’ONU mettant fin au conflit en Syrie – oui je sais, mais on a encore le droit de rêver, non ?


Mais quel est donc ce protocole qui sème bonheur et soulagement ? Bien sûr, un nouveau prêt, car c’est désormais la base de la politique financière internationale ; on pointe l’insolvabilité d’un pays pour ensuite mieux lui proposer un prêt ! Ce seront donc 130 nouveaux milliards, qui s’ajoutent aux 110 milliards actuellement en cours de déblocage, qui s’ajoutent eux-mêmes aux autres plans de ces deux dernières années. Pour ces sommes là, ce sont le FMI et l’Europe qui s’y collent. De leurs côtés, les Banques privées, accusées à mot couvert – oui, parce que dans ces milieux-là on sait rester polis quand même – d’avoir prêté un peu à la légère à un pays que l’on soupçonnait d’éventuelle cessation de paiement.


Le problème cependant, et je parle là du vrai problème pas de celui qu’on nous agitait sous le nez et qui se serait dissous à la faveur de ce nouveau plan, est toujours là. En effet la recette appliquée cette fois encore, a déjà échoué à deux reprises, puisque c’est la troisième fois que l’Europe et à sa suite les instances financières internationales, se portent au chevet de l’ « homme malade de l’Europe », à savoir la Grèce. Ce plan échouera comme les précédents et nous nous retrouverons dans la même situation en 2014 ; mais avec des chiffres pires encore, et encore en admettant qu’un autre pays fragilisé ne capote pas entre temps. Car si l’Italie ou l’Espagne devaient poursuivre leur dégringolade, se porter à leur secours aspirerait toutes les capacités d’intervention du Fond Européen. La Grèce c’est 2,5 % du Pib européen, lorsque l’Italie et l’Espagne oscillent quant à elles entre 10 et 14 % chacune… En d’autres termes, si la contagion gagne nous ne pourrons plus aider la Grèce ultérieurement. Or, il est inéluctable que nous aillons à le faire.


Nous avons condamné les grecs à l’austérité, ce qui oblitère toute possibilité pour eux d’entrevoir une
relance de la consommation intérieure, puisqu’ils n’auront plus les moyens de consommer. Comment les instances financières internationales espèrent-elles que le budget public grec va s’équilibrer sans rentrées fiscales supplémentaires ? Mystère… Or sans consommation sur le marché intérieur, il n’y aura pas, dans un pays déjà peu porté sur la déclaration fiscale à l’origine, de rentrées supplémentaires dans le budget au titre de la TVA notamment. A moins que l’on mise sur un dynamisme industriel inattendu en Grèce ? Rien de bien sérieux, et la seule source de devises venues de l’étranger le Tourisme, reste plombée par une monnaie forte défavorable aux touristes extérieurs à la zone euro. Bref, il n’y aura pas d’embellie budgétaire. Par ailleurs, le fait d’avoir réduit de 70 % la valeur des créances détenues par les banques privées sur la dette grecque fragilise la confiance d’éventuels acheteurs futures pour ces mêmes bons, notamment pour le futur lorsque la Grèce devra a nouveau faire appel au marché pour financer son budget.


La Grèce est donc en sursis, et à sa suite l’ensemble du système monétaire de l’Euro. Les pompiers pyromanes censés le défendre, obnubilés par le sauvetage des banques plutôt que celui des économies nationales, arc-boutés sur le concept orthodoxe d’austérité en réponse à la crise sont en train en réalité de creuser sa tombe.


Les solutions pour sauver la Grèce existe : elles seront même publiées sur ce site la semaine prochaine, mais le prix politique à payer semble trop lourd pour nos dirigeants, sectaires intellectuellement parlant, et stériles en termes d’imagination financière et fiscale.

 

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