Trouvé sur La Promenade Des Mots... pour Clément...

Publié le par Le Père Peinard

Le printemps étudiant *

 

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"Moi, je suis, débraillé comme un étudiant

Sous les marronniers verts les alertes fillettes:

Elles le savent bien; et tournent en riant,

Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes"

Rimbaud


Allongé sur l’herbe du parc, il se sustentait. Face à lui, le bâtiment des halles aux farines se dressait. Le soleil baignait la peinture blanche et éblouissait  ses yeux fatigués. Il mâchait le dernier morceau de son déjeuner à bas prix, quand vint deux jeunes filles. Elles se posèrent à quelques mètres de lui. Toutes deux légèrement vêtues, elles offraient à la vue, les courbes de leur corps avantageux. Il ne pouvait que les suivre du regard. Il devint  Rimbaud à Charleville.

    Une des deux retenait son attention. Il lui semblait que son visage lui était familier. Elle avait les joues fines avec des pommettes hautes, des lèvres larges et généreuses. Ses yeux verts devenaient pétillants dès qu’elle souriait. Dès lors, l’empathie naissait, et sans savoir pourquoi, on l’imitait.

    Elle avait des cheveux blonds étincelants, qu’elle avait attachés en arrière. Par soucis pratique, c’était évidant. Notre folâtre poète, resta ainsi pendant quelques minutes allongé dans l’herbe, la tête tourné vers sa muse, un œil à fermer à demi. Il posait son bras sur son  front  en essayant de se protéger des rayons aveuglants. Que ce soit le soleil, ou bien, la beauté de sa Muse, ses yeux éblouis ne savaient se maintenir ouvert.

      Mais enfin, son attitude d’observateur assumé, amena les deux Filles à interrompre leurs discours. Elles le virent fugitivement, sourirent puis reprirent le cour de l’entretien. Rimbaud sourit à son tour.

La comédie se joua plusieurs fois. Échange de regards, sourires, retour au cours des choses. L’air devint plus pesant, on sentait une attente germer. Et pourtant, les protagonistes restaient campés. Les esprits  ne bougeaient pas de leurs suspensions.

 L’attente devint abrutissante.

Rimbaud ne se décidait pas. Il désirait aller à la rencontre de sa muse, mais chacun de ses sourires lui volait sa raison.  Il tombait dans l’extase d’une contemplation soumise. Comment agir quand son objet pouvait si significativement  l’hypnotiser ?

Il perdit toute initiative.

Si elle eut commandé, il eut accourut. Arriver à ses pieds, il se serait de nouveau allongé. Il n’aurait pas jasé, mais il aurait répondu. La Muse commandait ou du moins, proposait la voie, Rimbaud suivait.

Le temps passait, les bruits des groupes d’étudiants accompagnaient leurs échanges muets.  Mais enfin, la Muse en eut assez, que le poète n’osa enfin  esquisser.
Ce nouveau sentiment apparu sur les traits de son visage, ses belles pommettes tombèrent. Encore assise, elle se laissa tomber, puis disparut derrière son amie.

Le changement se propagea. L’amertume le gagna.
Envers lui, envers elle, envers la fortune.
Pourtant, qu’il le désirait !

Touché cette main, sentir la chevelure entre ses doigts, entendre sa voix, sentir son haleine.

Ô   mais jeune poète lyrique !

Comment oses-tu rêvasser ? Alors que la Muse te demande d’inventer. Va,  embrasse le panache. Et vient écrire les débuts d’une romance. Il suffit de te lever, d’approcher, puis d’ouvrir la bouche et de libérer les mots étouffés.

Va,  trace les lignes, dessine les arabesques de graffites.
Fonce et qu’enfin coule le flot du babil taquin !

Debout sombre fainéant ! L’amour c’est une chose qui se prend !

Le miracle eut lieu, car enfin Rimbaud fut audacieux.  Le buste relevé, il se cramponna sur ses deux baguettes. Un pied après l’autre, il suivait sa voie, sans quitter des yeux sa proie. Mais il semble que le sort voulut l’en empêcher. Puisque, bien vite, il sentit sur son épaule, une main l’attraper.

« Rimbaud ! »

 Il fit volteface, et apparut devant lui un ami joyeux. Ils échangèrent quelques blagues. Profitant d’un petit inter-mi-temps, il se retourna et pu découvrir que la muse n’était plus à cueillir. Il ne restait plus qu’une petite marque sur l’herbe, pour lui signifier qu’il n’avait pas rêvé. Il aperçut aussi, un petit bout de papier, avec le vent, se retourner. Il le prit lestement et put lire un message tonnant :

«  As-tu un cancer des boules ?  Trouve-toi une nouvelle paire pour demain. ».

 

* - Merci, Yvan...

 

Publié dans Salon de lecture

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