Une société sans père ni mari... le rêve Na !

Publié le par Le Père Peinard

Les Na de Chine

Cai Hua, Presses Universitaires de France, 1997, 372 p.


langue-warhol.jpgDans la culture des Na, agriculteurs de la région de Yongning (Chine), un dicton affirme que la part de l'homme dans la reproduction est comme l'action de la pluie sur l'herbe des prairies : elle fait pousser, sans plus. Heureuse théorie pour une société où, comme l'indique le titre de ce livre peu ordinaire, ni la paternité, ni l'institution du mariage ne semblent exister. Cai Hua, chercheur associé au Collège de France, a passé plusieurs années parmi eux et a collecté de solides arguments à l'appui de ses dires.

a101positions.jpgLes Na qu'il étudie sont environ 30 000, parlent une langue tibéto-birmane et vivent sur les contreforts de l'Himalaya. Leurs moeurs ne résultent pas d'une décomposition moderne, mais figuraient déjà dans le récit de Marco Polo. Pour la paternité, c'est simple. Plus de la moitié de la population d'hommes et de femmes vit sous le régime du nana sésé, ou « visite furtive » : la nuit, les hommes se glissent dans le lit des femmes des maisons alentours. Les uns comme les autres se font un devoir de n'être ni jaloux, ni fidèles (dispositions mal vécues chez les amants Na).

je préfère Nestlé !Pourquoi cette coutume de visites ? Parce que chez les Na, les femmes résident avec leurs frères, et les hommes avec leurs soeurs : c'est dans ce genre de foyer que sont élevés les enfants, et c'est là qu'ils passeront leur vie, ignorant, éventuellement, jusqu'au nom de leur père.

Mais il y a plus : le système de parenté Na ne comprend aucun terme pour désigner le père. Il n'en a également aucun pour les beaux-frères, les belles-soeurs et les beaux-parents en général.

Une femme et des hommes !Conclusion : la notion même de mariage n'existe pas plus chez les Na que la paternité, même si certaines formes de contrats provisoires sont pratiquées. N'allons pas plus loin dans la description : déjà, le propos a de quoi mettre sens dessus dessous la théorie anthropologique qui fait reposer le principe même des sociétés humaines sur l'alliance de mariage. Mais la lecture de ce livre à la fois savant et ingénu est aussi recommandée à ceux que ce problème laisse froids : le tableau des moeurs libertines des Na est digne des plus joyeux fantasmes qui circulaient en Europe dans les années 70.

Publié dans Anarchroniques

Commenter cet article