Vous zici ? je vous croyais zozo ! 1

Publié le par Christian Durand

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Le village est coquet dans son écrin de collines et de garrigues. Il s’enorgueillit d’un Château des Templiers perché sur une colline basse. En réalité un vilain hospice en ruine qui appartenait à l’ordre des Hospitaliers de Malte et que les brochures touristiques tentent en vain de faire passer pour une forteresse templière. Outre la légende des Templiers, une autre concerne l’existence d’un souterrain partant de la citerne pour rejoindre les caves du village, tout aussi infondée.


La bourgade doit son existence à des Thermes troglodytes celtes gallo-romains-sic, qui ne se trouvent pas dans l’Allée des Thermes, car l’endroit est facétieux. Quelques oliviers agrémentent l’entrée monumentale et les pans inclinés d’accès-handicapés C’est une longue bâtisse de style néo-antique lourdement avachie dans un double parking qui a visiblement phagocyté le vieux parc arboré qui entourait le Casino et les hôtels de la Belle Epoque.

Gréoux Les Bains

Les Thermes coté Sud

 

Hélas et depuis lors, le thermalisme est devenu populaire, une activité à petite rentabilité, sauf pour le Casino que ce statut autorise. Le secteur ne doit sa survie qu’au déficit d’une Sécurité de moins en moins Sociale et de plus en plus libérale. Des doutes sérieux rodent sur le Service Médical Rendu par les cures thermales. Les médecins thermaux qui délivrent à la chaine les consultations d’arrivée et celles de départ, 70 euros la paire, contestent vigoureusement les critiques faites au Thermalisme. La municipalité, les commerçants et la population des villes thermales se joignent volontiers à leur chœur.


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Il existe une centaine de stations thermales en France. La plupart végètent. Les incidents environnementaux ou médicaux y sont nombreux .Certaines sont à vendre. La moitié fait partie d’une des cinq chaines thermales. Une vingtaine parmi les plus rentables sont regroupées par le leader mondial, la Chaîne Thermale du Soleil dont nos Thermes troglodytes celtes gallo-romains-sic sont le fleuron avec 30 000 clients par an.


Les stations sérieuses livrent le produit en package : le transport, le séjour, les 3 soins par jour. La cure dure 3 x 6 jours. Quartier libre le dimanche, ouf. En formule Standard, le forfait cure avoisine les 500 euros. Le Service Premium/Premier et les soins particuliers reviennent beaucoup plus cher Une bonne mutuelle laisse 150 euros à votre charge.

Comptez 600 euros de logement et transport. Si vous évitez le Casino et les bons restaurants de la rue piétonne, vos 3 semaines de « wouacances » dans un cadre charmant vous reviennent donc à 1000 euros par personne. Merci la Sécu.

Hélas derechef, il ne s’agit point de wouacances ! C’est l’usine, la chaîne, les cadences infernales, les petits chefs, la prison, le stalag, l’abattoir… - que dis-je : l’abattage !

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L’accueil se fait dans un grand hall ...

... aux fenêtres largement vitrées sur les arbres voisins. Un bataillon d’assistantes en uniforme veste et jupe gris virevolte entre les guichets. Je ne peux pas m’empêcher de déplorer la triste couleur des tenues qui fait un peu Armée du Salut. Elle change tous les ans me dit fièrement la vendeuse de la boutique Maillot, Tongs et Bonnets. L’année dernière c’était l’orange. Mais vous ne pourriez pas les customiser vous-mêmes, avec une petite note de couleur ? Pas question ! Mais on peut avoir un pantalon à la place de la jupe…



Dès 7 heures du matin, des files de pénitents se dirigent vers les Thermes. On les reconnait à leur affreux sac en plastique, cadeau griffé qui contient maillot, tongs et bonnet de bains. Ainsi que la précieuse feuille de soins sans laquelle. Un numéro d’ordre vous est tatoué, pardon attribué ainsi qu’une tranche horaire d’arrivée de 5 minutes. La plupart des pèlerins sont en couple, sauf les jeunes sportifs en rééducation après fracture. L’âge moyen est élevé et les démarches hésitantes.


Les bancs de pierre de la salle d’attente faiblement éclairée  mettent dans une ambiance gallo-romaine. A l’heure convenue, qui s’égrène sur un panneau lumineux, votre numéro s’affiche avec un cliquetis grinçant. Qui n’est pas sans rappeler la sonnerie lugubre qui annonce le parachutage et la fermeture des passages à niveau. Vous avancez dans la file des condamnés pour présenter votre feuille de soins protégée par une enveloppe plastique transparente à l’aimable cerbère qui va enregistrer votre présence et vous souhaiter une bonne journée. Vous venez de « pointer ». Une sensation nouvelle pour les cadres moyens et supérieurs qui constituent la majorité de la clientèle.


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Le premier jour, une inscription provisoire autorise un circuit piscine, jet massant, douches. Le lendemain, visite médicale début de cure. Dans une longue galerie les cabinets des médecins thermaux se cachent derrière des arcades comme des échoppes médiévales. Attente, secrétariat, informatique, votre dossier, voyons voir hum hum, allongez-vous. Tension c’est bon, le poids hum hum surcharge, pliez la jambe - une sorte de compas mesure à la volée l’angle de flexion qui est noté en degrés. Quelques questions existentielles. Le tout cinq minutes, montre en main. Ce n’est plus de la médecine, c’est de l’abattage. Attendez. Informatique. Voici votre feuille de soins. 3 soins par jour pendant 18 jours, soins choisis parmi 16 soins de rhumatologie ou 19 soins des voies respiratoires et séquencés par un ordinateur pour adapter les traitements individuels aux capacités de la chaine thermale..

A savoir :
- 18 mobilisations actives en piscine
- 18 douches sous immersion forte pression se tenir à 70 cm des jets
- 12 pédi-boues
- 12 sudation en cabine individuelle
- 12 cataplasmes de boue en application locale multiple
Je ne bénéficierai donc pas de la douche pénétrante profonde ni de la fameuse douche au jet, baveuse, demi-dur ou dur, ni de l’hydromassage bouillonnant. Tant pis.


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Vous qui entrez ici, abandonnez tous vos vêtements. Vous avez cinq minutes pour aller chercher votre peignoir blanc, les deux serviettes assorties et gagner les vestiaires.

Vous traversez un patio, contournez un très beau ficus qui pousse désespérément ses branches vers la verrière. Dès lors, vous ne reverrez plus la lumière du jour pendant les deux heures de votre déambulation de soins en soins, par de longs couloirs carrelés aux éclairages artificiels. Une faible musique accompagne votre descente vers un enfer pas trop glodyte, mais presque. Coluche !


A l’entrée du vestiaire qui rappelle celui d’une piscine municipale, vous devez récupérer un casier rouge et trouver une cabine libre. C’est là que se produisent les premières bousculades. Il y a même un garde-chiourme qui régule les flux et arbitre les litiges ente la mémé en surcharge et le papy béquillard. La cabine fait son mètre carré règlementaire meublé d’une banquette et deux patères austères. Pater Noster….


Vous devez disposer vos vêtements sur le casier qui a tendance à tomber de la banquette, à passer votre slip de bain, votre peignoir, vos tongs, à transférer dans la poche du peignoir l’indispensable feuille de route puis passer autour du cou la médaille numérotant votre casier. Les habitués placent leurs deux serviettes en écharpe autour du cou. Et n’oubliez surtout pas de passer au crochet du casier le sac en plastique contenant lunettes, porte-monnaie et autres objets précieux.


Il faut alors présenter votre casier à la consigne au comptoir correspondant à votre numéro de casier, entre 1 et 400, par bloc de 50. Des jeunes gens sportifs et généralement aimables accrochent votre casier et vérifient que vous avez tongs, bonnet et numéro de casier au cou. Un chef de service plus âgé et portant beau s’autorise quelques réflexions amusantes aux habituées qui en gloussent d’aise.

@ suivre

 

Les Thermes coté Nord

 

Gréoux Les Bains

 

Vous zizi ? je vous croyais zozo - 2

Zozo 3

Publié dans Eco - bio et Gastro

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