Zozo 3

Publié le par Le Père Peinard

Une cabine, une musique d’ambiance, souvent du jazz. Une manipulatrice multiculturelle qui apporte les cataplasmes sur un plateau comme le Saint Sacrement. Un sous les reins, un sur chaque genou. On emballe le bonhomme dans un plastique et le tout dans une épaisse couverture. Une lumière rouge dans la pénombre. Rideau.

 

Vous zici ? je vous croyais zozo ! 1


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Les gouttes de sueur coulent immédiatement sur les cuisses et sous les reins. Je libère bras et jambes pour respirer. Les vingt minutes passent très vite. La lumière rouge clignote. C’est le réveil. La couette est enlevée. Chacun ramasse son plastique et sa sueur pour fourrer le tout dans une poubelle qu’un manche à balai permet de tasser. Direction la douche finale. Les courageux alternent la chaude et la froide. Les plus courageux.


A la sortie, l’aimable petite dame me demande où est mon nez de clown. Je l’ai oublié dans la poche du peignoir la veille et il ne réapparaitra jamais. Pour la consoler, le lui annonce l’organisation par mes soins de l’élection de Miss Cataplasme 2012. Et lui propose de l’inscrire. Les jours suivants, je ferai courir le bruit jusqu’à prétendre que la télé sera là. Je convaincs quelques habitués de demander innocemment à la réception la date de l’élection. La rumeur se répand avec des rêves de gloire et de fortune qui s’évanouiront avec mon départ.

 

Retour au vestiaire désert. Brèves considérations sur la Pluie, souvent, et le Beau temps, parfois. Jusqu’au numéro 300, il faut ramener le casier, déposer le peignoir et les serviettes dans deux casiers distincts à la sortie. Une dame farfouille dans le casier à la recherche de la feuille de soins qu’elle a oublié dans sa poche. Dehors, il fait beau. La Navette reconduit les plus paresseux vers leurs logements. Les plus vaillants rentrent à pied. Les plus vaillants.

 

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Nous en saurons plus sur l’environnement à la faveur de la rencontre fortuite d’un employé de la « Centrale ». Non ! Le qualificatif est tabou. Même lui ne l’utilise pas. Il parle du Centre de Recherche. Il se prétend américain, vit avec une russe et parle un français épouvantable. Ma conviction est faite, c’est un espion au service d’une grande puissance jalouse de notre avance technologique. Il semble avoir un penchant pour ces jus de raisins pressés et fermentés pour lesquels nous avons également une réputation mondiale.

 

A la troisième bouteille, les confidences filtrent. Le petit collectif arboré où nous avons été invités à diner a été construit dans la sous-préfecture pour loger le personnel de la Centrale, pardon le Centre de Recherche Scientifique.
CRS ?

Il reste discret sur ses activités, mais il se plaint des menaces sur la durée des congés payés que la Direction de la Centrale souhaite ramener à deux semaines. J’objecte que le droit du travail en France… mais soupire-t-il nous ne sommes pas vraiment en France. Etonnement. Le Projet est international et le capital est partagé. Et l’ensemble est géré par les Japonais forts de leur expérience et de leur réussite dans le domaine dont au sujet duquel. Et ces derniers aimeraient appliquer leur droit social pour combler le retard que prend le projet. La Grande Chéfesse a d’ailleurs été virée récemment.

 

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On ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu. Pourtant la région est truffée d « installations ». Les « incidents » se sont multipliés. Des instructions en cas de ont été distribuées à tous les services publics. Le mot d’ordre en cas d’alerte est d’absorber des pastilles d’iode. Elles vont saturer la thyroïde pour empêcher que l’iode radioactif cancérigène ne vienne s’y fixer. A la moindre rumeur les populations prennent d’assaut les pharmacies, en espérant que la date de péremption n’est pas dépassée, comme ce fut le cas dans une région voisine qu’il ne convient  pas de nommer.


http://www.ladepeche.fr/article/2012/03/07/1299425-polemique-autour-de-pastilles-d-iode.html

 

Personne n’en parle mais tout le monde y pense. Nous n’avons eu aucune difficulté à obtenir la baisse d’un loyer déjà faible pour occuper une grande villa tout confort. Mais sans piscine, pourtant bien pratique en cas d’alerte grave. C’est là qu’il faut se réfugier. Les habitants de Hiroshima et Nagasaki qui se réfugièrent dans les rivières se retrouvèrent  d’ailleurs cuits au court-bouillon.

 

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Mais la cure se termine dans la routine. Des rougeurs urticantes apparaissent sur les zones en contact avec l’eau. Ce serait le souffre naturellement présent dans l’eau thermale. Naturellement.
Une dernière balade le long de la rivière vers les collines boisées. Mais en lieu et place de la végétation espérée, un vaste panneau avertit : Paysages dévastés par les incendies.
La région est espiègle, disions-nous !

 

G. Les Bains, Pâques 2012

Aucun droit réservé.

 

Vous zizi ? je vous croyais zozo - 2

http://www.coordination-antinucleaire-sudest.org/

Publié dans Eco - bio et Gastro

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